Autoroute Toulouse-Castres : le débat entre opposants et partisans prend de l’épaisseur

Par Pierrick Merlet  |   |  643  mots
Deux tribunes au sujet de la future autoroute A69 devant relier Toulouse à Castres, ont été publiées. (Crédits : Regis Duvignau)
Depuis que la déclaration d’utilité publique de la future autoroute Toulouse-Castres a été publiée au journal officiel par le gouvernement le 20 juillet dernier, le débat est de plus en plus musclé. Partisans et opposants s’opposent par tribunes interposées, alors que les élus locaux contre le projet doivent prochainement saisir le Conseil d’État.

Trente ans que le débat dure et pour autant, le sujet n'a jamais été aussi sensible. Depuis la publication le 20 juillet dernier de la déclaration d'utilité publique (DUP) de la future autoroute A69, qui doit relier Toulouse à Castres, la mobilisation contre le projet n'a jamais semblé aussi importante, du moins sur le plan médiatique.

Pour rappel, cette infrastructure autoroutière, qui devrait faire 54 kilomètres de long selon les dernières études, doit permettre de relier le bassin d'emplois Castres-Mazamet (qui abrite notamment les laboratoires Pierre Fabre) à Toulouse. Contre environ 7,50 euros, le trajet sera réalisable en 45 minutes, contre plus d'une heure actuellement.

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Sa date de réalisation sera communiquée dans les prochaines semaines par le gouvernement, au moment de la présentation de la Loi Mobilité, actuellement préparée par la ministre des Transports, Élisabeth Borne. Mais déjà, certains s'inquiètent des conséquences que pourraient avoir cette infrastructure sur le plan naturel de ce territoire surnommé "La Petite Toscane".

Éric Anceau, cet historien qui enseigne le XIXe siècle à l'université de la Sorbonne, craint que le visage de cette zone géographique du Tarn soit complétement chamboulé par l'arrivée d'une autoroute dans le secteur. Il va même jusqu'à dire que des villages sont "menacés".

Deux tribunes qui s'opposent dans Le Figaro

La veille de ces publications sur le réseau social Twitter, un autre discours est venu appuyer ses propos. Dans une tribune parue dans le journal Le Figaro jeudi 16 août, Anne-Sophie Letac, une enseignante en géopolitique au lycée Lavoisier de Paris, n'a pas manqué de critiquer le choix d'une nouvelle autoroute, tout en mettant en avant ce territoire.

"Pour résoudre le problème d'un bassin d'emploi, la vitesse, la pollution et la destruction de l'environnement sont les premiers, voire les seuls remèdes envisagés. La ringardise tient lieu d'imagination à des élus, des chefs d'entreprise, des promoteurs immobiliers qui n'ont pas compris qu'à l'avenir les territoires comme ce petit morceau de Tarn seront des richesses convoitées pour leur rareté, pour leur silence, pour leur terre".

De son côté, l'enseignante préconise plutôt de mettre en place le projet d'aménagement de la RN 126, proposé par les élus locaux opposés à l'autoroute. D'ailleurs, ces derniers doivent déposer dans les prochains jours trois recours contre la DUP auprès du Conseil d'État .

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 Cette prise de position n'a pas tardé à faire réagir les partisans à l'autoroute entre Castres et la Ville rose. Jacques Limouzy, ancien ministre et ancien président de la communauté d'agglomération Castres-Mazamet, lui a répondu dans une autre tribune dans les colonnes du Figaro le 22 août.

"Le texte d'Anne-Sophie Letac semble nous vouer à n'être qu'un coin miraculeux de la France profonde dont la grâce toscane doit être protégée. Nous y souscrivons, mais à condition de ne pas devenir un conservatoire ou une réserve", lance l'ancien élu.

Avant de lancer un avertissement en guise de conclusion :

"La généalogie industrielle et commerciale de l'agglomération Castres-Mazamet démontre que la compétence internationale, conjuguée avec les savoir-faire locaux, a permis de développer notre économie, de la diversifier et de la maintenir vivace encore aujourd'hui, pour maintenir nos emplois. Notre croissance et notre compétitivité dépendent donc étroitement de notre accessibilité... Si nous refusons les moyens propres à notre développement, ce ne seront pas nos villages qui disparaîtront, mais nos villes qui deviendront des villages".