Privatisation de Toulouse-Blagnac : le point sur ce dossier qui agite Toulouse

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Le calendrier de la privatisation de l'aéroport de Toulouse suit son cours. Selon les services de l'État, le CE de l'aéroport devrait être consulté la semaine prochaine. En attendant, c'est surtout en coulisses que les négociations se déroulent : d'une part entre l'État et le futur actionnaire, pour aboutir à la signature définitive de la vente, d'autre part au niveau local, entre les acteurs qui souhaitent se porter acquéreur des 16 % rétrocédés par les Chinois.

Le calendrier est flou "Il ne se passera rien avant le mois de janvier". Plusieurs proches du dossier affirment aujourd'hui que la signature définitive de la vente par l'État de ses parts dans la société ATB au consortium Symbiose n'interviendra pas avant la fin de l'année. Question de procédure. "Il faut compter en général deux mois à partir de l'annonce du vainqueur de l'appel d'offres" confirme la société Aéroport Toulouse-Blagnac. Pendant ce temps, une clause de confidentialité doit être respectée par le futur concessionnaire. Selon le chargé de communication de Symbiose, il s'agit également de "respecter les salariés de l'aéroport. Rien ne peut être communiqué officiellement tant que la procédure de consultation des instances représentatives du personnel n'a pas commencé". Et justement, du côté des salariés de l'aéroport comme de la direction, aucune date n'a été communiquée concernant la présentation du projet en CE. "Nous sommes les premiers concernés, nous aimerions bien connaître cette date" reconnaît un cadre de l'aéroport. Du côté du consortium chinois, pas de date connue non plus : "C'est entre les mains de l'APE (Agence des participations de l'État)", répond-t-on.

Ce soir, les services de l'État affirment que la consultation du CE pourrait avoir lieu " dans le courant de la semaine prochaine", sans plus de précisions.

Rétrocession des 16 %

En attendant, à Toulouse, c'est le branle-bas de combat pour tenter de proposer une offre locale afin de racheter les 16% qui seront rétrocédés par le consortium chinois. "Cette rétrocession fait partie de notre offre depuis longtemps, et pourrait atteindre un tiers du capital acquis, soit 16 %" précise le consortium. Martin Malvy, président du Conseil régional, a proposé la semaine dernière de "faire avancer une réflexion déjà engagée sur la base d'un consortium ou d'un pacte d'actionnaires en y associant l'État." Alain Di Crescenzo, président de la CCI a également affirmé en fin de semaine dernière que "la CCI de Toulouse est d'ores et déjà en contact avec des investisseurs." Parmi eux précisément, Banque Populaire Occitane se montre déjà intéressée. "Si les collectivités locales et la Chambre de commerce et d'industrie de Toulouse, veulent acquérir une part des actions acquises par le consortium, BPO sera présente", a confirmé le 4 décembre Alain Condaminas, le directeur général de BPO. La Caisse d'Épargne Midi-Pyrénées est également intéressée et participe aux discussions, selon un cadre de la banque.

Mais un point d'interrogation subsiste, une fois encore, sur la question du calendrier. Alors que le consortium parle d'une rétrocession qui pourrait avoir lieu "dans quelques semaines" (un délai confirmé par le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc lors d'un point presse jeudi 4 décembre), le cahier des charges est formel : il est écrit que le pacte d'actionnaires prévoira "l'engagement de l'acquéreur de ne pas céder tout ou partie de la participation initiale à compter de la date de réalisation jusqu'à l'expiration de la période pendant laquelle l'option de vente pourra être exercée par l'État". Autrement dit, normalement, le consortium ne peut pas rétrocéder ses parts avant trois ans.

L'existence d'un pacte d'actionnaires sème le trouble

L'autre actualité de ce dossier est l'existence révélée le 7 décembre par Mediapart d'un pacte entre le repreneur et l'État. Une information qui a semé le trouble à Toulouse. D'après le journal en ligne, qui publie des fac-similés dudit pacte, l'État s'engage à voter en faveur des candidats "présentés par l'acquéreur" au Conseil de Surveillance, "à ne pas faire obstacle aux décisions prises en conformité avec le projet industriel" et à voter, "sauf pour motif légitime", "dans le même sens que l'acquéreur pour les décisions importantes".

Si l'existence de ce document est confirmée, la déception risque d'être grande du côté des collectivités locales, en particulier Toulouse Métropole. En effet, Jean-Luc Moudenc son président, s'était réjouit, "tout en restant vigilant", du choix du gouvernement, arguant que les exigences posées par les collectivités avaient été respectées, notamment en termes de gouvernance. Il n'a pas souhaité s'exprimer suite à la publication de cet article par nos confrères. Le président de la CCI de Toulouse Alain Di Crescenzo, Martin Malvy, et le président du Conseil régional Pierre Izard n'ont pas non plus souhaité réagir pour le moment.

Macron interpellé à l'Assemblée

Mardi après-midi à l'Assemblée nationale, la députée socialiste de Haute-Garonne Catherine Lemorton a interrogé Emmanuel Macron au sujet de l'aéroport de Toulouse. "En quoi l'ouverture du capital d'ATB était-elle nécessaire ? Pourquoi l'offre chinois a-t-elle été retenue ?" Quelque peu gêné par des huées dans la salle, le ministre de l'Économie lui a répété qu'il s'agissait pas d'une ouverture de capital non comparable à la cession des autoroutes : "C'est une bonne façon d'utiliser l'argent contenu dans certaines infrastructures sans en perdre le contrôle". En outre, "Symbiose avait non seulement la meilleure offre sur le plan financier mais aussi sur le plan industriel en proposant de développer et de réinvestir dans l'aéroport de Toulouse, a assuré Emmanuel Macron. Ce projet est en adéquation avec l'activité des 10 dernières années de cet aéroport. (...) Les collectivités locales, à leur demande, ont conservé une minorité de blocage pour tous les aspects relatifs au vol de nuit, au trafic et aux gênes occasionnées."

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