Ludovic Le Moan, Sigfox : patron mégalo ou visionnaire ?

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Ludovic le Moan, PDG de Sigfox
Ludovic le Moan, PDG de Sigfox
A la tête d'une start-up de 45 personnes, le chef d'entreprise toulousain prépare une levée de fonds de 100 M €. Passionné par la technologie et détecteur de talents, Ludovic Le Moan est persuadé qu'il est en train de créer le futur géant mondial des télécoms. Mégalo ? Mythomane ? Juste génial ? Mais qui est Ludovic Le Moan ?

Les luttes de pouvoir et les petites querelles toulousaines, ça le fait plutôt marrer. Lui, son horizon est worldwide et son ambition infinie. Depuis six mois, Ludovic Le Moan déploie un nouveau réseau télécom destiné à connecter à internet des milliards d'objets partout dans le monde. Sollicité par des dizaines de pays, il veut faire de Sifox le nouveau Facebook, Twitter ou Google. Le tout, si possible, en maintenant l'entreprise en France. Si ces deux objectifs sont remplis, alors vraiment il aura l'impression d'avoir réussi.

Pour l'instant, il n'est qu'à moitié satisfait : convaincu d'avoir découvert l'île aux trésors mais conscient qu'il faut encore sécuriser le magot ! C'est sûrement dans ses gènes, Ludovic Le Moan n'aura jamais le sentiment d'être "arrivé". S'il avait voulu, il aurait d'ailleurs pu lâcher la rampe depuis longtemps. Quand on a vendu une entreprise 13 millions d'euros, on peut aller jouer au golf tous les matins. On peut investir dans l'immobilier ou dans les affaires de ses amis. On peut.... sauf quand on a pour modèle Steve Jobs, Xavier Niel ou Roland Moreno... Alors on cherche et quand on a un peu de chance, on trouve la pépite qu'on pourra propulser très haut, tout en haut.

C'est ce qui arrivé à Ludovic Le Moan. Après avoir vendu Anyware Technologies, créé Goojet (devenu Scoop.it) avec Marc Rougier, ce technophile qui lit des livres de maths et de physique pendant les vacances, est mis en contact avec Christophe Fourtet. "J'ai découvert un ingénieur toulousain génial qui était en train de donner une nouvelle vie au réseau bas débit. Son projet végétait à l'Incubateur depuis plus d'un an et Christophe pensait même mettre la clé sous la porte." Ludovic le Moan qui a pris business en première langue, mesure aussitôt le potentiel de Sigfox et devient CEO de l'entreprise. Depuis il déroule le business plan. 1 salariés en 2009, 45 aujourd'hui , 100 K€ de CA en 2010, 7 M€ en 2012.

"Pendant trois ans nous avons développé Sigfox en silence... Quand on a entre les mains une telle technologie de rupture, c'est impératif car le risque de se faire piller est très grand. Aujourd'hui, nous avons 18 mois d'avance et l'unique réseau mondial cellulaire bas débit (breveté UNB) qui permet à des objets équipés de microprocesseurs de transmettre des informations via internet. Dans cette phase de déploiement mondial, nous sommes clairement dans une course de vitesse." Après une première levée de fonds de 10 M€ en septembre 2012, le Toulousain, 50 ans en 2013, s'apprête à lever 100 M€. L'annonce des premiers contrats (Clear Channel, Covea) et un premier plan média cet automne ont lancé le buzz, et depuis les propositions sont nombreuses : "J'ai des contacts avancés avec la Chine, Singapour, le Brésil et le Japon", jubile Ludovic Le Moan. Ce qui l'inquiète aujourd'hui c'est de savoir si Sigfox va pouvoir rester en France. "Je suis un rebelle, je dérange l'écosystème toulousain car je ne dois rien à personne mais je sais aussi ce que je dois au modèle français." Éjecté du système scolaire avec un CAP de tourneur mais devenu ingénieur après maths sup-maths spé, il met un point d'honneur à rester français. "La France mérite de garder une entreprise du potentiel de Sigfox. Avec des milliers d'objets connectés à internet, c'est tout un écosystème qui va naître, créateur d'entreprises et de milliers d'emplois. Autant qu'il soit français..." Sollicité par des fonds d'investissements américains, son objectif est d'accrocher la Banque Publique d'Investissement.

Alors quand ça sera fait, Ludovic Le Moan passera à autre chose. Avec à son actif la création de la TIC Valley (des entreprises des TIC réunies à Labège) et du Camping (des start-up accompagnées intensivement par des mentors), il continuera à jouer au détecteur de talents. Puis il passera au niveau supérieur : "J'ai envie de reprendre un village mort, de le rebâtir et d'en faire une smart city, intelligente, créative et durable. C'est fou je sais, mais j'y crois !"
Il est fou, c'est vrai, mais nous aussi on y croit...

Emmanuelle Durand-Rodriguez
©photo Rémi Benoit

4 dates clés:


2008
Vend Anyware Technologies 13 millions d'euros

2011
Crée la Tic Valley et prend la présidence de Sigfox

2012
Fait entrer Intel Capital au capital de sa start-up

2013
Prépare une levée de fonds de 100 M€

Il est comme ça: Tablette ou portable? Lève-tôt ou couche-tard ? Travail le week-end ou détente ? Note de synthèse ou rapport fouillé ? Révolutionnaire ou conservateur ? Beattles ou Rolling Stones ? Les réponses, dans le dernier numéro d'ObjectifNews, actuellement en kiosques!

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