Les futurs points de friction au sein du gouvernement Valls

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Manuel Valls lors d'un déplacement à Toulouse
Manuel Valls lors d'un déplacement à Toulouse
Manuel Valls se retrouve certes à la tête d'un gouvernement resserré. Mais les cohabitations internes ne vont pas être faciles entre Arnaud Montebourg et Ségolène Royal sur la question des gaz de schiste, ou encore sur les relations avec l'Europe, entre le même Arnaud Montebourg et Michel Sapin.


Une équipe restreinte de 16 ministres... en attendant la nomination la semaine prochaine des secrétaires d'État et autres ministres délégués. Pour autant, ce faible nombre n'est pas forcément un gage d'homogénéité car il y a de fortes personnalités dans ce nouveau gouvernement qui risquent de se marcher sur les pieds...

Gaz de schiste: le match Royal / Montebourg

Premier exemple. On attend de voir ce que vont être les relations entre Ségolène Royal et Arnaud Montebourg. L'ancienne candidat PS à la présidentielle hérite en effet du portefeuille de l'Écologie. On la sait très hostile à l'exploitation des gaz de schiste. Or, à l'inverse, son ancien concurrent lors de la primaire socialiste, Arnaud Montebourg, qui garde ses fonctions de ministre du Redressement productif (et qui gagne l'Économie) ne cache pas son envie de voir la France reprendre des recherches en vue d'une future exploitation des gaz de schiste. Or, dès le mois de juin, la difficile loi sur la transition énergétique va arriver devant le Parlement. Il est clair que Manuel Valls va devoir procéder à des arbitrages entre ses deux ministres qui ne vont certainement pas vouloir inscrire les mêmes disposition dans ce texte.

Cette Europe qui sépare Sapin et Montebourg
Autre exemple. Michel Sapin, le fidèle parmi les fidèles du Président, devient ministre des Finances et des comptes publics... 22 ans après avoir été ministre de l'Économie et des Finances dans le gouvernement Bérégovoy. C'est donc lui qui devra négocier avec Bruxelles sur la trajectoire des finances publiques de la France. Michel Sapin est social-démocrate, pro européen. Ce n'est pas lui qui va accuser la commission européenne de tous les maux de la France... À la différence de son co-locataire de Bercy, Arnaud Montebourg, encore une lui, chantre de la démondialisation. Le nouveau ministre de l'Économie ne cache pas son animosité contre des autorités européennes responsables, selon lui, d'enfermer la France dans un carcan et de limiter toutes les marges de manœuvres pour le redressement du pays, en appliquant avec une trop grande sévérité les critères du traité de Maastricht.

Manuel Valls cerné par les "hollandais" historiques

Manuel Valls va devoir aussi cohabiter avec François Rebsamen qui fait son entrée au gouvernement au ministère du Travail (il est même le seul entrant avec Ségolène Royal)... lui qui rêvait de l'Intérieur. Un poste qui lui avait déjà échappé en 2012 au profit de... Manuel Valls. Le sénateur-maire de Dijon, très proche de François Hollande, n'a pas sa langue dans sa poche et son caractère entier vaut bien celui de Manuel Valls.

Et que dire du maintien de Christiane Taubira à la Justice. Elle s'était opposée à Manuel Valls, alors à l'Intérieur, sur le projet de réforme pénale. Réforme qu'elle va de nouveau porter... Il va y avoir du sport.

En fait, ce gouvernement est surtout composé de "hollandais" historiques aux postes clés. Comme si le président, contraint de nommer Manuel Valls à Matignon, cherchait à l'encercler. Un peu sur le schéma de 1988 quand François Mitterrand s'était résigné à nommer Michel Rocard Premier ministre. On sait que ce dernier n'avait absolument pas eu la main pour former son gouvernement. Néanmoins, ce gouvernement avait duré trois ans et fait quelques réformes d'importance (CSG, RMI).

Sur le terrain économique, il ne faut de toute façon pas s'attendre à une véritable inflexion. La priorité sera plus que jamais au pacte de responsabilité et à la politique de l'offre, via un allègement du coût du travail, saupoudrée de menus gestes en faveur des ménages. L'heure n'est pas à la relance keynésienne réclamée par l'aile gauche du PS - qui brille par son absence dans la composition du gouvernement - faute de marges budgétaires suffisantes... et, surtout, parce que la France est dans le collimateur de Bruxelles.

Jean-Christophe Chanut pour LaTribune.fr

© photo Rémi Benoit

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