À Toulouse, Innabiosanté fait appel aux industriels pour accélérer la recherche contre le cancer, interview du directeur Christophe Cazaux

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Christophe Cazaux, directeur d'Innabiosanté. © photo Rémi Benoit
Christophe Cazaux, directeur d'Innabiosanté. © photo Rémi Benoit (Crédits : Rémi Benoit)
La fondation pour la recherche médicale contre le cancer, créée et présidée par Philippe Douste-Blazy après la catastrophe AZF, prend un nouveau tournant. Le 22 mai, Innabiosanté devrait être rebaptisée Toulouse Cancer. L'association opère aussi une recapitalisation et fait appel aux industriels régionaux de tous les secteurs. Objectif : trouver, à Toulouse, le médicament contre le cancer. C'est l'ambition du nouveau directeur, le scientifique Christophe Cazaux.

Pourquoi InnaBioSanté va-t-elle changer de nom ?

Avec l'ouverture de l'Oncopole aux premiers patients le 5 mai et les déménagements de l'institut Claudius Régaud et du service hématologie du CHU, nous entrons dans une nouvelle ère pour la fondation, une version 2.0. Elle va se focaliser sur le développement scientifique et économique de l'Oncopole. Le changement de nom d'Innabiosanté pour Toulouse Cancer sera proposé lors du conseil d'administration du 22 mai et c'est plus que symbolique. Il s'agit de montrer que la fondation est au service de toute la cancérologie toulousaine, au-delà des difficultés de gouvernance que connaît l'Oncopole à cause de la cohabitation public / privé.

La fondation a pour maître-mot l'attractivité, quelles sont ses missions exactement ?

Il y en a quatre. La première mission de la fondation, c'est l'attractivité médico-scientifique de l'Oncopole. Attirer les meilleurs chercheurs et médecins. Pour ce cela, il faut un "welcome package", c'est-à-dire un environnement attractif en termes de recherche, de post-doctorat, de publications, de visibilité. Nous travaillons également avec So Toulouse pour faire aimer la ville à ces nouveaux arrivants, mais aussi à leurs conjoints qui vont chercher du travail.

La deuxième mission, c'est l'attractivité économique : faire venir des biotechs, des entreprises innovantes sur le site de l'Oncopole, qui fait 220 hectares. Nous comptons proposer un fonds d'amorçage pour aider les start-up à se lancer, supprimer cette "vallée de la mort" entre le chercheur qui crée sa start-up et l'arrivée des premiers investissements lourds.

La troisième mission est liée à la deuxième : la prospective. Que sera l'Oncopole en 2024 ? Il faut avoir un coup d'avance pour attirer les entreprises qui seront à la pointe de la recherche dans 10 ans. Les possibilités sont nombreuses avec l'utilisation des systèmes embarqués dans les dispositifs médicaux, par exemple.

Enfin, la quatrième mission est de faire de l'Oncopole un véritable campus, ouvert sur la ville. Je crois en l'esprit "cafétéria". L'Oncopole ne doit pas être la chasse gardée des chercheurs et des industriels. La fondation a une mission de pédagogie. C'est l'objectif du musée scientifique Biodysée.

La fondation va opérer une recapitalisation, pourquoi ?

Cela fait partie de cette "nouvelle version" de la fondation et permettra de créer le fonds d'amorçage. Historiquement, la fondation est financée par Total et par des industriels de la santé comme Pierre Fabre. Aujourd'hui, je veux y associer les industriels d'autres secteurs, notamment aéronautique. L'idée est de créer une fibre toulousaine, une fierté, pour que l'on puisse dire "on a créé à Toulouse le médicament contre le cancer" de la même façon que l'on dit "on a fabriqué le nouvel A350". Et ce discours fonctionne. Des banques, assurances, industriels, veulent faire partie du club des amis de la fondation qui sera créé le 22 mai. Nous allons aussi leur proposer de sponsoriser des médecins ou des chercheurs. En octobre, nous organiserons un repas avec des industriels, des chercheurs, des sportifs et des artistes pour marquer ce renouveau. Je tiens à préciser aussi que les dons des entreprises peuvent être modestes : 1.000 euros minimum, à condition de ramener trois nouveaux parrains.

Toulouse Cancer a-t-elle vocation à fusionner avec l'association de l'Oncopole ?

Oui, c'est même pour mener ce projet que j'ai été nommé directeur début 2014 et c'est ce que préconise le rapport ministériel Syrota-Philip sur l'Oncopole. L'idée est de gagner en efficacité avec un lieu de travail commun, une communication commune et des demandes de fonds communes. Des discussions vont bientôt avoir lieu avec Jean-Luc Moudenc, qui est le nouveau président de l'association Oncopole.

Que vous inspire l'élection de Jean-Luc Moudenc à Toulouse ?

L'Oncopole n'est pas un objet politique. Il y a eu une continuité républicaine entre Philippe Douste-Balzy, Jean-Luc Moudenc et Pierre Cohen sur le projet. Pierre Cohen a porté la vision de campus, avec Biodyssée, l'Aérotram, et l'idée de déménager la fac de pharmacie. Mais pendant la campagne des municipales, rien n'a été dit sur l'Oncopole.

Que représente pour vous l'Oncopole?

C'est le projet de ma vie. Je veux que Toulouse soit la ville où l'on tordra le coup à la maladie du cancer.

En savoir plus :

Reconnue d'utilité publique, la Fondation est habilitée à recevoir des dons et des legs qui serviront à financer la recherche. Christophe Cazaux se définit avant tout comme un "scientifique". Il est responsable d'une équipe de recherche Inserm / CNRS / UPS sur les liens entre la génétique et le cancer. Il est également vice-président de l'Oncopole, et a été vice-président de l'université Paul Sabatier jusqu'en 2012. Il sera conseiller scientifique de la start-up BioMantéia, qui sera créée dans les semaines à venir à Toulouse.

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