Devant les chefs d'entreprise à Toulouse, le patron du Cnes évoque "une période d'effervescence pour le spatial"

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Jean-Yves Le Gall, président du Cnes
Jean-Yves Le Gall, président du Cnes
Jean-Yves Le Gall, président du Centre national d'études spatiales (Cnes) était le 21 octobre à Toulouse l'invité du Club Galaxie. Avant d'intervenir à la Cité de l'espace devant 200 personnes représentant le secteur spatial toulousain, il a évoqué la stratégie du Cnes.

Vous êtes président du Cnes depuis le printemps, quelle est votre stratégie pour l'agence ?
Depuis quelques temps, nous observons que la concurrence mondiale est devenue extrêmement agressive dans le domaine des lanceurs et des satellites, et nous avons décidé de réagir au niveau français et européen. En novembre 2012, à Naples, le développement de la future Ariane 6 a été engagé et devrait être confirmé à la fin de l'année prochaine. Dans le domaine des satellites, le Cnes, avec Astrium et Thales Alenia Space, a entamé un travail très important, convaincu que l'avenir fera une place importante aux satellites à propulsion électrique. Notre stratégie doit se concentrer sur la compétitivité et l'innovation pour gagner des parts de marché et maintenir l'emploi.

Qui sont les concurrents du spatial européen ?

L'espace fait aujourd'hui partie de la vie quotidienne et c'est la conséquence de plus de 50 ans d'activité scientifique, industrielle et commerciale. Mais ce qui me frappe, c'est à quel point il subit une évolution rapide, bousculé par les pays émergents et le renouveau des États-Unis. En effet au cours des dernières années, on évoquait souvent l'arrivée sur le marché de la Russie, de la Chine, de Inde et du Brésil. Finalement, ce sont les États-Unis qui sont aujourd'hui les plus agressifs aussi bien dans le domaine des lanceurs que dans celui des satellites, parce que leur effort de recherche technologique est considérable et massivement soutenue par les pouvoirs publics.

Quels sont les axes forts de la politique du CNES ?
Le Cnes a formalisé sa feuille de route dans le programme "Ambition 2020" qui se décline sur cinq domaines d'intervention : Ariane pour les lanceurs et Ariane 6; les sciences avec Exomars et Cosmic Vision; l'observation de la Terre avec Merlin, Microcarb et Swot; les télécommunications avec Neosat et THD et la défense avec CSO, Ceres et Comsat NG .

Le Cnes va-t-il subir les effets de la crise ?

Nous avons la chance de bénéficier de la priorité affichée par le gouvernement pour l'espace. Pour 2014, notre budget devrait être en augmentation, ce qui est exceptionnel dans un contexte où de nombreux budgets sont en diminution. Nous sommes dans une période d'effervescence où naissent de nombreux projets passionnants.

Le Cnes a été désigné chef de projet des satellites à propulsion électrique dans le cadre des 34 projets de la Nouvelle France Industrielle. Quel est l'objectif de ce projet ?
Nous sommes très satisfaits de voir que ce projet fait partie des 34 qui ont été retenus par le président de la République dans le cadre de la Nouvelle France industrielle, et que le CNES en est le chef de projet. Je suis également très fier que le Cnes soit chef de file du projet. Dans ce domaine, les États-Unis ont pris de l'avance et la France doit rapidement s'adapter aux évolutions du marché, issues de l'apparition des plateformes à propulsion électrique, plus légères et moins chères. Cette évolution de la demande des utilisateurs concerne l'ensemble de la filière spatiale française. Nous allons pouvoir accompagner les industriels dans la conception, le développement et la maîtrise technologique des plateformes à propulsion électrique, ainsi que des processus industriels associés. Nous allons aider Thales Alenia Space, Astrium et Snecma à faire de premières propositions aux opréateurs en 2015 pour de premiers lancements en 2017-2018.

Toulouse est toujours un site important pour le Cnes ?
Toulouse est le cœur du Cnes avec 72 % de nos effectifs. Pour le spatial, Toulouse est une petite Silicon Valley, avec non seulement le Cnes mais aussi des universités et des écoles, des centres de recherches, des grands groupes industriels et des start-up.

Propos recueillis par Emmanuelle Durand-Rodriguez

© photo Rémi Benoit

En savoir plus

Jean-Yves Le Gall, 54 ans, est président du Cnes depuis avril 2013. Il était resté 12 ans PDG d'Arianespace après une carrière menée successivement au CNRS, à la direction générale de l'Industrie puis chez Novespace, le Cnes et Starsem.

Le Cnes est l'agence spatiale française qui propose et met en œuvre la politique spatiale. L'activité du Cnes est répartie sur quatre sites spécialisés : Paris (siège), Évry (lanceurs), Kourou (base de lancement européenne) et Toulouse (satellites). Le Centre spatial de Toulouse compte 1.800 personnes et est dirigé par Marc Pircher. Avec un budget 2014 de 2,1 milliards d'euros, la France est la deuxième puissance spatiale mondiale en terme d'effort annuel par habitant avec 31 €, derrière les Etats-Unis (49 €) mais loin devant l'Allemagne (17 €) et le Royaume-Uni (6 €).

Le Club Galaxie rassemble 80 entreprises essentiellement issues du secteur spatial. Créé en 2008, le club est présidé par Jean-Pierre Madier, président de l'entreprise Magellium. En Midi-Pyrénées, le secteur spatial regroupe 380 entreprises et compte 12.000 emplois, soit 50 % des emplois du secteur en France.

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