Forum Smart City : comment Toulouse veut devenir une ville plus pratique, plus fluide et plus démocratique

 |   |  1540  mots
Table ronde Smart City : le citoyen, co-constructeur de la ville
Table ronde "Smart City : le citoyen, co-constructeur de la ville"
La 1re édition du Forum Smart City Toulouse s'est tenue hier, 16 décembre, aux Espaces Vanel. Organisé par La Tribune et Objectif News, en partenariat avec Toulouse Métropole, l'événement a permis de mettre en lumière des solutions et des idées autour de la ville numérique du futur. Comment développer une ville connectée sans tomber dans le "gadget"? Comment fluidifier les transports et favoriser la démocratie tout en protégeant les données ?

Toulouse, futur modèle de Smart City ? La Ville Rose a décidé de s'engager dans une démarche de ville intelligente. Le Forum Smart City, organisé par La Tribune et Objectif News, en partenariat avec Toulouse Métropole, était donc l'occasion d'une prospective entre acteurs scientifiques, économiques et institutionnels. Après avoir évoqué durant la matinée les exemples de villes intelligentes, les opportunités pour les entreprises et l'emploi ainsi que les énergies, réseaux télécom et la data, les débats se sont poursuivis l'après-midi sur d'autres thématiques.

Une ville connectée, plus de services, plus de bien-être

Un des principaux objectifs du développement du numérique dans la ville est le développement de nouveaux services et l'accroissement du bien-être des habitants. "Le bâtiment intelligent va permettre de mieux vivre et sera capable de s'adapter à vos comportements", explique Thierry Monteil, chercheur au LAAS-CNRS. Pour cet expert des objets connectés, leur démocratisation va encore s'accélérer. "Le marché est mûr car les gens sont maintenant habitués, de par les smartphones, à avoir un équipement capable de nouveaux usages. De plus, le coût des équipements électroniques a fortement baissé."

"Attention de ne pas tomber dans le phénomène gadget, avertit Caroline Lapelerie, directrice Recherche, innovation et filières à Toulouse Métropole. La métropole va lancer un schéma directeur pour détecter les besoins et usages de la smart city de demain." Outre l'innovation technologique, Caroline Lapelerie insiste également sur la nécessité de l'innovation organisationnelle et annonce un "programme 2015 riche pour le territoire", comprenant de nombreuses expérimentations avec des start-ups. L'expérimentation est également le crédo d'Orange. La directrice du programme stratégique Orange Smart Cities, Nathalie Leboucher, a évoqué l'engagement du groupe en matière de ville intelligente. Orange développe des solutions incrémentales pour digitaliser les bâtiments et, par ailleurs, conseille les promoteurs pour la définition du schéma directeur de nouveaux quartiers, notamment dans les pays émergeant. Dans un autre registre, l'application "Ma ville dans ma poche" d'Orange permet de restituer les données de la ville sur smartphone, en fonction des centres d'intérêt de l'utilisateur. L'objectif : "créer un lien bidirectionnel entre la ville et ses habitants". Nathalie Leboucher souligne l'importance d' "appliquer également les solutions aux petites villes."

Autre service numérique en expansion : le commerce mobile. "Le digital arrive dans le commerce physique, annonce Nicolas Chatillon, directeur du développement de la banque commerciale et de l'assurance au sein de BPCE. Le smartphone est utilisé avant, pendant et après l'acte d'achat. Il permet de payer et d'interagir avec le commerce de proximité. Il ne s'agit pas seulement de dématérialisation mais d'une expérience d'achat digitale." La solution de paiement mobile Izly de BPCE a été récemment retenue comme nouvelle monétique des Crous. "Ce type d'exemple va se développer dans les collectivités" promet Nicolas Chatillon qui reconnaît que "l'adoption des nouveaux usages prend du temps. Cependant, avec le digital, les cycles d'adoption des nouveaux moyens de paiement se raccourcissent."

Des exemples variés de nouveaux services intelligents ont été apportés. Plastic Omnium Environnement développe des poubelles écologiques. "Nous rendons intelligent un objet qui peut paraître d'une grande banalité, commente son président, Michel Kempinski. En mesurant la production des déchets, on permet d'en réduire le volume. C'est 35 % de baisse de la production des déchets et une hausse du tri sélectif". Cette solution répond également à la nécessité pour les collectivités de faire des économies. La start-up toulousaine Telegrafik s'inscrit dans la silver économie avec son système d'alerte et monitoring pour personnes âgées isolées. Carole Zisa-Garat, présidente de la société, évoque le "tech-care", ou comment créer du lien via des services connectés intergénérationnels. Enfin, Tristan Vidé apporte la preuve des perspectives apportées par l'open data. L'application qu'il a créée, DOT (Découverte optimisée de Toulouse), génère des parcours touristiques dans Toulouse, en tenant compte des centres d'intérêts de l'usager. "Nous sommes encore en train de réfléchir à un business model. Notre application à vocation à s'étendre. Nous commençons déjà à travailler sur des jeux de données de Paris".

Quels modes de transports pour la ville connectée et durable ?

Les transports, thème incontournable pour la construction de la Smart City. Jean-Michel Lattes, 1er adjoint au Maire, délégué aux Transports et président de Tisséo, constate "qu'il faut gérer une masse de flux qui n'a jamais été aussi importante". Les grands projets de mobilité toulousains intégreront les technologies : "nous voulons que la 3e ligne de métro soit une ligne modèle, intelligente". Jean-Michel Lattes précise que "tout ce qui participe à l'intermodalité participe à notre réflexion". Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, a par ailleurs, annoncé l'arrivée de la 4G dans le métro toulousain entre le deuxième semestre 2015 et fin 2016. Toulouse Métropole va expérimenter prochainement le bus électrique "Businova" de la société tarnaise Safra. "Nous cherchons à comprendre les besoins de l'autobus pour imaginer le modèle de demain", explique Vincent Lemaire, président de Safra.

Le développement de la mobilité électrique pose la question de la recharge. Pour Jean-Noël Guillot, directeur des Projets Territoriaux d'EDF, celle-ci "va se faire à domicile, dans les entreprises et ponctuellement sur la voie publique." Il insiste sur la nécessité d'agir avec anticipation et concertation. La solution d'autopartage sur smartphone "keyzee" est un autre exemple des nouvelles solutions de transport urbain. Développée par Otakeys, elle s'adresse aux sociétés d'autopartage et aux constructeurs de voitures. "Notre objectif est de créer un système à faible coût et adaptable aux grosses flottes de véhicules", déclare Luc Jansseune, directeur délégué d'Otakeys.

La société Sterela développe également des solutions pour la mobilité : réseau de vélos électriques, capteurs permettant de filtrer les usagers des voies de bus, solutions de smart parking. "Nous nous dirigeons vers l'économie du partage", constate son président Robert Bousquet. Dans l'optique de l'intermodalité des transports, le covoiturage semble incontournable. David Larcher, créateur de Coovia, solution de covoiturage quotidien sur Toulouse, a constaté qu'un million de places vides circulaient chaque jour à Toulouse. Son idée : "transformer le covoiturage en transport en commun."

Smart City : le citoyen, co-constructeur de la ville

Qu'est-ce que les nouvelles technologies vont changer dans le rapport entre collectivités et citoyens ? Jean-François Audiguier, responsable des projets numériques à l'ARPE Midi-Pyrénées et président du Club de la Com de Midi-Pyrénées, rappelle qu'aujourd'hui, "les élus ne peuvent plus se passer de ce qui se dit sur internet et les réseaux sociaux. C'est là que les citoyens peuvent prendre la main. Cela implique un changement dans les stratégies et les organisations." Il regrette que "dès que l'on parle de numérique, on évoque toujours les outils d'abord au lieu de parler des usages."

Edouard Forzy, co-fondateur et directeur général de la Mêlée numérique, contextualise : "Nous avons observé une évolution faramineuse de l'appropriation du numérique par tous". Pour lui, "l'éducation et la sensibilisation au numérique est importante". La Mêlée numérique et Toulouse Métropole ont annoncé la création d'un "Laboratoire des usages", dispositif dont le but est de "co-construire avec l'ensemble des parties prenantes, expérimenter dans la ville, faire émerger de nouvelles idées", explique Edouard Forzy.

Pour Stéphane Distinguin, Président de Fabernovel et du pôle de compétitivité Cap Digital Paris Région, le numérique représente des enjeux de sincérité et diversité. Mais il pose également la question du capitalisme numérique. "Il faut que les élus fassent avancer réellement la question de la démocratie participative qui procrastine depuis 10 ans", conclue-t-il.

"On ne peut pas attendre d'une société connectée qu'elle soit plus démocratique", argue la sociologue Marie-Christine Jaillet. Pour la présidente du Codev de Toulouse Métropole, les nouveaux outils numériques "peuvent participer à éclairer les conditions de la fabrication de la ville, mais ne règlent pas les points durs. Il y a un danger à être dans des sociétés où il y a une tyrannie de la vitesse et de la transparence." Elle pointe également du doigt le danger des logiques affinitaires et de fracture numérique territoriale et inframétropolitaine. Marie-Christine Jaillet invite à "faire en sorte que l'utilisation des outils numérique soit construite sur une logique inclusive et non communautaire. Nous devons être vigilants et prendre le temps de la réflexion."
Carlos Moreno, professeur des universités et spécialiste de la ville intelligente, est moins sceptique : "Nous pensons que le numérique est un outil puissant de participation citoyenne". Pour lui, la mutation urbaine doit reposer sur trois éléments indissociables : "l'inclusion sociale, la réinvention des infrastructures urbaines et l'apport des éléments technologiques."

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :