Barrage de Sivens : la publication du rapport des experts n'apaise pas les tensions

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© photo Rémi Benoit
© photo Rémi Benoit
Journée décisive pour les acteurs du dossier du barrage de Sivens : alors qu'en préfecture d'Albi, les experts mandatés par Ségolène Royal ont rendu public un rapport critique sur le barrage, au même moment une manifestation tendue rendait hommage à Rémi Fraisse, retrouvé mort sur le chantier, dans la nuit de samedi à dimanche. Son décès serait dû à une explosion, selon le procureur de la République d'Albi. Le chantier est arrêté.

C'est dans un climat tendu que Nicolas Forray et Pierre Rathouis, ingénieurs généraux des ponts, des eaux et des forêts, ont présenté cet après-midi à Albi leur rapport sur le barrage de Sivens, ordonné par Ségolène Royal en septembre. Le document de 57 pages est clair : si le Conseil général du Tarn souhaite continuer les travaux, il doit réévaluer certains paramètres. Pour l'instant, le chantier est arrêté, jusqu'à nouvel ordre.

L'expert Nicolas Forray, dont l'objectif est "la reprise du dialogue entre les donneurs d'ordres, les manifestants, les agriculteurs et la société civile", se veut prudent : "nous ne sommes pas là pour dire ce qu'il faut faire. Il est certain que le barrage répond à un besoin. Mais le dossier est de qualité médiocre. Il n'a pas suffisamment exploré d'autres pistes que celle du barrage." Le dossier précise que "l'estimation des besoins a été établie sur des données anciennes et forfaitaires" et conclut à une surestimation des besoins de substitution de l'ordre de 35 % (il s'agit de l'eau destinée à compenser celle prélevée par les agriculteurs).

Les deux experts proposent cinq scénarios, qui vont de l'arrêt total du chantier à la poursuite des travaux sans aucune modification. Celui qu'ils privilégient est la poursuite du chantier, mais en avançant des "recommandations". Parmi elles, la ré-allocation des volumes d'eau stockés entre les agriculteurs irrigants, les différentes réserves destinées à sécuriser la retenue en cas de sècheresse et le développement du maraichage.

Cette solution représente un surcoût de 600.000 € pour le maître d'ouvrage, le Conseil général du Tarn. Par ailleurs, le rapport souligne un plan de financement "fragile", des modalités de gestion peu précises et "un véritable problème de comptabilité entre le projet et les règles d'intervention du Feader (les fonds européens, NDLR)".

Le rapport complet des experts est à lire en ligne.

Manifestation

Pendant que les experts du ministère de l'Écologie présentaient leurs conclusions dans les salons de la préfecture du Tarn, dehors, les anti-barrage se réunissaient pour crier leur colère. "Le rapport indique que le projet ne tient pas la route, mais préconise de poursuivre les travaux, ça n'a pas de sens !", s'énerve un manifestant, qui réclame "la démission de Thierry Carcenac" (le président du Conseil général du Tarn, NDLR). Alors que quelques activistes tentaient d'escalader les grilles de la préfecture et jetaient des œufs sur les CRS, d'autres, assis par terre, entonnaient des chansons. Un contraste désormais caractéristique de la mobilisation. Ce lundi, pourtant, la tension était palpable même chez les plus "pacifistes". Comme à Gaillac hier soir, des vitrines ont été vandalisées en fin d'après-midi. En effet, la mort de Rémi Fraisse, dans la nuit de samedi à dimanche, lors d'échauffourées avec la police, a choqué tout le monde. Une minute de silence a été respectée. À Toulouse, plusieurs centaines de personne se sont retrouvées place du Capitole pour lui rendre hommage.

Les experts de la gendarmerie sur place

Quatre experts de la brigade d'identification criminelle de la gendarmerie de Toulouse ont accédé ce matin au site, pour baliser le lieu où Rémi Fraisse, 21 ans, est décédé ce week-end. "Une mascarade" pour les militants présents, qui ne comprennent pas "pourquoi ces experts ne sont pas venus plus tôt". Dans l'après-midi, le procureur de la République d'Albi, Claude Dérens, qui avait déploré dimanche que les enquêteurs n'aient pas pu accéder au site en raison de "l'hostilité" des opposants, a présenté les résultats de l'autopsie. Le jeune homme serait mort "selon toute vraisemblance" des suites d'une explosion. Des résultats plus précis sont attendus mardi. La députée Europe Écologie - Les Verts Cécile Duflot a demandé l'ouverture d'une enquête sur les agissements des forces de l'ordre ce week-end à Sivens. Lundi soir, la famille de Rémi Fraisse a annoncé son intention de porter plainte pour homicide volontaire.

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