À Toulouse, mobilisation des avocats pour défendre leurs revenus. Interview du Bâtonnier, Me Frédéric Douchez

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Frédéric Douchez, bâtonnier du Barreau de Toulouse
Frédéric Douchez, bâtonnier du Barreau de Toulouse
Les avocats toulousains participent demain à une journée d'action nationale. Ils réclament une revalorisation de l'aide juridictionnelle (AJ), allouée par l'État, qui permet aux particuliers les plus modestes de bénéficier d'une prise en charge des honoraires d'avocat et des frais de justice. Me Frédéric Douchez, Bâtonnier du Barreau de Toulouse, dénonce une profession qui se paupérise : "Un avocat fait 8 ans d'études pour un salaire dérisoire." Interview.

Pourquoi protestez-vous demain ?
Cette journée d'action mobilise l'ensemble des 60.000 avocats français, pour alerter le gouvernement sur l'absence du respect de ses engagements. Lors de la campagne pour l'élection présidentielle, François Hollande avait promis de doubler le crédit alloué à l'aide juridictionnelle. Aujourd'hui, ce n'est resté qu'une promesse, et le gouvernement envisage même de baisser son montant. La loi de finances prévoit que les avocats versent 0,2 % de leur chiffre d'affaires, c'est-à-dire que nous allons devoir payer pour être payés. Par conséquent, demain, nous arrêtons la machine, nous n'assurerons pas l'aide juridictionnelle. Si nous n'obtenons pas gain de cause, nous envisagerons des actions encore plus fortes.

À combien s'élève le montant de l'aide juridictionnelle ?
Il est ridicule, il n'a pas augmenté depuis sept ans. Lorsqu'un avocat défend une victime devant le tribunal de police, il touche seulement 47 €. Cette somme comprend l'accueil du client dans son cabinet, la préparation d'une argumentation, l'assistance et la représentation devant la juridiction. Pour défendre une victime devant le tribunal correctionnel, un avocat touche, dans ce cas, 196 €. Le budget de la justice, en France, est le 25e européen. Il est l'équivalent de celui de l'Azerbaïdjan.

Les avocats toulousains sont-ils nombreux à pratiquer cette aide ?

Sur les 1.450 avocats du Barreau de Toulouse, 450 assurent au quotidien l'aide juridictionnelle. Ce sont principalement des jeunes. Ils assurent par exemple les permanences dans le cadre des gardes à vue. En moyenne, lorsqu'un avocat débute, il est rémunéré 2.200 € brut par mois. Si vous enlevez les taxes, le loyer du cabinet, le salaire de votre secrétaire, si vous en avez une, et les impôts, à la fin du mois il ne vous reste plus grand-chose. Un avocat fait 8 ans d'études pour un salaire dérisoire. Contrairement aux idées reçues, nous ne touchons pas des salaires extravagants. C'est seulement le cas des avocats travaillant dans des grands cabinets internationaux.

Les justiciables font-ils de plus en plus appel à cette aide juridictionnelle?

Bien évidemment. Nous sommes dans une société qui se paupérise, le chômage est au plus haut. L'aide juridictionnelle s'adresse aux personnes dans le besoin tant sur le plan économique que social, aux bas salaires, à ceux qui ont perdu l'emploi, et qui n'ont pas les moyens de payer un avocat. L'aide juridictionnelle représente 800.000 missions par an en France, environ 50.000 à Toulouse. La mission des avocats est de défendre ces personnes les plus modestes. Notre action de demain, c'est aussi pour les défendre. Si le montant de l'aide juridictionnelle diminue, beaucoup d'entre nous arrêteront de l'assurer. Et malheureusement, ça se fera au détriment des plus démunis.

Propos recueillis par Marie Vivent
© photo Rémi Benoit

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