Les CCI de Toulouse et Midi-Pyrénées refusent les coupes budgétaires et font pression sur le gouvernement

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Alain Di Crescenzo et Didier Gardinal
Alain Di Crescenzo et Didier Gardinal
Si la réforme territoriale est sous le feu des médias, une autre réforme inquiète le monde économique. Elle s'intéresse au rôle des Chambres de commerces et d'industrie (CCI), prévoyant des coupes budgétaires ainsi que leur fusion. Des prévisions qui suscitent la colère des présidents de CCI, qui ont suspendu toute relation avec le gouvernement. Parmi eux Didier Gardinal, président de la CCI Midi-Pyrénées, et Alain Di Crescenzo, président de la CCI de Toulouse.

Elles sont mal gérées et trop nombreuses. Ce sont les reproches adressés aux Chambres de commerce et d'industrie (CCI), dans le rapport provisoire, préparé par l'Inspection générale des finances (IGF), l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et le Conseil général de l'économie, de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGEIET), qui pointent du doigt la gestion des CCI.

"Notre modèle en Midi-Pyrénées est efficace et pertinent", rétorque Alain Di Crescenzo. Le président de la CCI de Toulouse a plaidé la cause des Chambres de commerce et d'industrie, devant le Sénat le 28 mai dernier, aux côtés de Didier Gardinal, président de la CCI Midi-Pyrénées. "Nous avons exposé ce que nous avons mis en place dans la région depuis 2010, précise-t-il aujourd'hui. Nous avons mutualisé certaines fonctions et nous avons fait des économies, près d'un million d'euros en 2013." Actuellement, Midi-Pyrénées ne compte plus qu'une chambre par département. "Nous avons fusionné les CCI de Castres et Albi dans le Tarn, et celles de Rodez et Millau dans l'Aveyron", complète Didier Gardinal.

Et la région veut aller encore plus loin : "Nous avons un plan pour faire plus d'économies. Nous voulons fusionner la chambre régionale et la chambre de Toulouse. Pour cela, nous avons besoin d'une dérogation de l'État, que nous espérons obtenir dans le courant du mois de juin", développe Alain Di Crescenzo. Selon lui, ce regroupement est "compatible avec les économies demandées et le service sera bon, voire meilleur". Son message au gouvernement : "Qu'on nous demande des économies, c'est normal, mais soyons raisonnables. Donnez-nous des objectifs et laissez-nous nous organiser en fonction des territoires", réagit le président de la CCI de Toulouse au rapport provisoire de l'IGF, l'IGAS et le CGEIET, qui prévoit, entre autres, des coupes budgétaires. Selon Alain Di Crescenzo, il s'agit là de "sanctions, pas d'économies".

Entre 132 et 206 M€ de trop versé
En effet, le document met en avant la "situation financière confortable" des chambres de commerce et d'industrie. "Depuis 2002, l'État a affecté au réseau des CCI un financement qui excédait ses besoins, ce qui a permis l'accumulation de réserves financières très conséquentes", écrivent les rapporteurs. Ils estiment le trop versé entre 132 et 206 millions d'euros par an en moyenne. "L'État considère qu'il a trop donné aux CCI et qu'elles sont mal gérées car nous avons des résultats bénéficiaires. Mais nous devons avoir de l'argent d'avance car, parallèlement, la gestion des chambres nous impose d'avoir trois mois de fonds de roulement", proteste Didier Gardinal.

"Nos réserves nous permettent de financer les écoles de commerces, où il faut investir, relève, de son côté, Alain Di Crescenzo. L'école de commerce de Toulouse (TBS) représente deux tiers du budget de la chambre de commerce et d'industrie de Haute-Garonne."

Et la réduction du budget des CCI, l'État l'a déjà engagée. "On nous a baissé les ressources de 15 % en 2010, puis de 20 % en 2013", détaille le président de la chambre de Midi-Pyrénées. Et d'ajouter : "L'État veut récupérer l'argent des entreprises pour combler des déficits abyssaux. Les réserves des CCI appartiennent aux entreprises, souligne-t-il. L'argent doit leur revenir." À noter que la réforme des CCI entre dans la politique d'économie de 50 milliards d'euros voulue par le gouvernement.

Si le gouvernement décide de diminuer une nouvelle fois les ressources des CCI, "cela signifie l'abandon des hôtels d'entreprises Agroparc, de l'aéroport d'Auch-Gers, et de toute capacité d'investissement et d'effet de levier sur l'économie locale, prévoit la CCI du Gers dans un communiqué. Ainsi, les territoires ruraux qui pourtant ont le plus besoin de soutien feront encore une fois les frais de la réduction des dépenses publiques."

Une chambre par région d'ici à 2017
Parmi les autres propositions choc : réduire le nombre des CCI, afin qu'elles passent de 145 aujourd'hui à une par région d'ici à 2017. "Il faut que les CCI subsistent dans les départements, conteste Alain Di Crescenzo. Si vous enlevez la proximité, vous tuez le réseau des CCI." "Leur ADN, c'est la proximité", insiste, Didier Gardinal, par ailleurs le trésorier national de CCI France, pour qui cette réduction engendra des licenciements. Les chambres de commerces et d'industrie emploient 26.000 salariés en France, dont 1.000 en Midi-Pyrénées. Au total, 6.000 postes seraient menacés.

Suite à la publication du rapport provisoire, qui doit être officiellement remis au début de l'été, les présidents des CCI de France, réunis en assemblée générale le 27 mai dernier, ont voté une "motion de défense des entreprises par les CCI inscrite dans la défiance vis-à-vis du gouvernement". Selon eux, "à l'heure où le gouvernement propose aux entreprises un pacte de responsabilité, il organise le démantèlement de l'économie sur les territoires. Ils constatent le mépris affiché du gouvernement envers l'engagement bénévole de 5.000 chefs d'entreprise, élus, au service des entreprises et des territoires."

Suspension des relations avec l'État
Par cette motion, les présidents ont décidé de "suspendre tous les travaux en cours avec le gouvernement, tant au niveau national que régional et territorial" et de "ne plus promouvoir les politiques publiques, en particulier le pacte de responsabilité". "Nous ne transmettrons pas non plus nos bilans et nos budgets exécutés 2013", ajoute Didier Gardinal.

Cette suspension prend effet immédiatement "et jusqu'à ce que le gouvernement ait rétabli la confiance indispensable à la poursuite de la collaboration avec la CCI au service de l'économie de la France", précise la motion. Alain Di Crescenzo tient tout de même à souligner que "le travail des CCI auprès des entreprises n'est pas perturbé, les chambres continuent de mener leur mission", mais sans en rendre compte à l'État.

Marie Vivent
© photo Rémi Benoit

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