Comment Toyota produit des petites voitures en France

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Le succès de la petite Yaris III, surtout en version hybride, permet au site Toyota de Valenciennes d'augmenter ses capacités de production.
Le succès de la petite Yaris III, surtout en version hybride, permet au site Toyota de Valenciennes d'augmenter ses capacités de production.
Didier Leroy, président de Toyota Europe, explique comment l'usine de Valenciennes (Nord) peut produire des petites Yaris en France. Outils de fabrication plus simples, site plus compact, organisation "maigre" permettent même au Japonais d'accroître sa production et d'embaucher !

Alors que PSA va arrêter la production des petites voitures (généralistes) en France et que Renault en fabrique déjà l'essentiel hors de l'Hexagone, Toyota, lui, persiste et signe. Pas question en effet pour le groupe japonais de stopper les petites Yaris "made in France". Mais comment fait donc le premier constructeur automobile mondial ? Importation massive de composants d'Europe de l'est, cadences infernales avec des jeunes surexploités sur la chaîne... ? Didier Leroy, président de Toyota Europe et "créateur" du site de la firme nippone à Valenciennes (Nord) s'agace de telles suspicions.

"C'est une question d'organisation", lâche cet ancien de Renault, avant de tordre le cou à ces légendes malveillantes. Les pièces importées ? "Totalement faux. Nous avons une cinquantaine de fournisseurs français, plus d'une quarantaine de fournisseurs britanniques. Contre une vingtaine en Europe de l'est, une quinzaine en Turquie. 150 sur 200 fournisseurs ne proviennent pas de pays à bas coûts". La Yaris a d'ailleurs obtenu en 2013 le label "Origine France Garantie" (OFG).

Outils plus simples et moins chers
Jeunes surexploités sur une chaîne ultra-rapide ? "Nous avons une grosse proportion de salariés sur les lignes à Valenciennes entre 35 et 50 ans. Nous n'avons pas recruté que des jeunes. Nous avons une pyramide âges équilibrée", assure Didier Leroy à latribune.fr. Même si, forcément, la moyenne d'âges y est plus faible que dans des usines plus anciennes comme celles de Renault à Flins ou Douai. Et, contrairement à ce que certains écrivent, les syndicats sont bien représentés sur place, avec parfois des grèves.

Alors, quels sont donc les fameux ingrédients qui permettent à Toyota de produire contre vents et marées des petits véhicules dans l'Hexagone, en gagnant de l'argent ? C'est essentiellement un problème de "conception de l'usine. La main d'œuvre, c'est 8 à 15 % des coûts totaux d'une voiture selon les modèles. Mais 8 à 15 % proviennent du coût d'amortissement des machines. Ça, c'est lié au niveau d'investissement. 2 à 3 % sont générés par les coûts de l'énergie. Il y a donc beaucoup de paramètres."

Or, Valenciennes a été conçu comme une usine "maigre" avec des "outils plus simples et moins chers. Cela tient à la conception plus simple de nos voitures. Nous avons aussi un taux de fiabilité supérieur des robots, car nous faisons en interne un certain nombre de développements. Tout ça génère des économies", explique Didier Leroy.

Beaucoup moins de retouches
Dans les ateliers de peinture, "nous avons prévu de la place pour 37 voitures en stock, contre 250 à 500 chez les concurrents. Nous faisons plus compact, donc moins cher", plaide le dirigeant, avec une fougue qui montre que le sujet lui tient à cœur. Forcément, Valenciennes, c'est son bébé. Autre exemple : quand on "fait bien du premier coup, on retouche moins les modèles en bout de chaîne. Nous avons à Valenciennes une zone de retouches de 45 places à peine, contre 450 dans une usine standard. Vous faites là de sacrées économies de place, donc vous réduisez là aussi vos coûts". Il y a aussi des "questions de management. Si vous créez un contexte de motivation dans l'usine et que vous acceptez de vous remettre constamment en cause, vous réalisez des économies là aussi."

En tous cas, le succès de la petite Yaris III, surtout en version hybride (essence-électrique), permet au site Toyota de Valenciennes... d'augmenter ses capacités de production. L'usine du Nord a annoncé en février dernier qu'elle recrutait plus de 500 opérateurs (intérimaires dans un premier temps), portant les effectifs à plus de 4.000 personnes. "Les prévisions de ventes nous conduisent à augmenter notre production de l'ordre de 15 % pour 2014, soit un volume de production de 220.000 unités", affirmait dernièrement Koreatsu Aoki, responsable des activités industrielles de Toyota en France, qui compte "produire près de 1.100 Yaris par jour en trois équipes à partir de juin prochain, contre 840 actuellement en deux équipes."

Des profits en hausse de 56 %
L'année record pour le site tricolore a été 2007 (262.000 unités). Le point bas a été atteint en revanche en 2011 (150.000). Toyota a démarré son activité à Valenciennes le 31 janvier 2001. Le site produit des Yaris pour les marchés européen mais aussi nord-américain. Il a fabriqué plus de 2,4 millions de Yaris à ce jour, exportées à 84 %. Les investissements s'élèvent à plus d'un milliard d'euros.

Et qu'on ne dise pas à Didier Leroy que l'usine est déficitaire. Il balaye l'argument avec exaspération. "Sur les neuf premiers mois fiscaux de 2013 (exercice fiscal du 1er avril 2013 au 31 mars 2014), le bénéfice opérationnel de Toyota Europe progresse de 56 % à 327 millions d'euros. Soit une marge de 2,18%", souligne-t-il.

Alain-Gabriel Verdevoye pour LaTribune.fr
© photo DR

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