Vous n'avez rien compris à l'affaire Luzenac  ? Récapitulatif d'un feuilleton qui pourrait finir ce soir

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Après 5 mois de rebondissements, Luzenac pourrait enfin valider sa montée en Ligue 2 aujourd'hui
Après 5 mois de rebondissements, Luzenac pourrait enfin valider sa montée en Ligue 2 aujourd'hui
Le conseil d'administration de la Ligue de football professionnel, réuni à 18h, peut mettre un terme au médiatique "feuilleton Luzenac". L'exploit du petit village ariégeois, promu en Ligue 2 à l'issue de la dernière saison de football, avait ravi les amateurs de sport et retenti au-delà des frontières nationales. Mais la belle histoire était devenue cauchemar lorsque les instances du football français avaient refusé le budget du club. Récit d'un bras de fer au dénouement indécis.

Nous sommes le 18 avril au soir. Le club de football de Luzenac vient de remporter le match décisif contre Boulogne qui assure son accession en Ligue 2. À l'unisson, les amateurs de sport saluent l'exploit réalisé par ce club ariégeois dont la commune totalise à peine 650 habitants. L'histoire sympathique de ce David hissé au rang des Goliaths trouvera un écho jusque dans les médias étrangers. Un engouement sans doute favorisé par la présence de l'ancien gardien champion du monde Fabien Barthez dans le staff ariégeois. Une fois les bulles de champagne évaporées, l'équipe de Luzenac se retrouve face à ses responsabilités. Le club amateur va prendre le statut "professionnel" et doit vite faire face à un problème de stade car celui de Foix, où les ariégeois recevaient leurs adversaires, n'est pas conforme aux normes de la Ligue 2. Plusieurs solutions sont envisagées. Il est notamment question d'un déménagement temporaire au stade Ernest-Wallon, antre du rugby toulousain, en attendant qu'un stade soit construit dans l'Ariège.

Du petit nuage au gros orage
Les ennuis commencent le 5 juin. La Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) retoque le budget de Luzenac qui se retrouve alors privé de Ligue 2. Toutefois, à Luzenac, pas d'affolement. Le club fait appel et son président, Jérôme Ducros, affirme qu'il apportera "les garanties nécessaires". Quasiment dans le même temps, le Racing Club de Lens se voit lui aussi bloqué par la même DNCG alors que les Nordistes avaient, eux, obtenu leur montée en Ligue 1. Les deux affaires prennent des allures de fronde pour les défenseurs de l'équité sportive qui regrettent que l'argent s'immisce dans des résultats sportifs. La situation empire début juillet, lorsque la commission d'appel de la DNCG rend un jugement contre Luzenac. En Ariège, on crie à l'injustice. Les dirigeants de Luzenac décident alors de saisir le Comité national olympique du sport français (CNOSF). La tension monte d'autant que la LFP décide de remplacer Luzenac par l'équipe de Châteauroux dans les calendriers de Ligue 2. (Châteauroux avait été rétrogradé sportivement de deuxième en troisième division, NDLR). La consultation du CNOSF est vaine. En date du 21 juillet, l'organe responsable de l'équité du sport français, rend un avis défavorable aux Ariégeois. Écœurés, les Luzenaciens ne disposent plus alors que d'un seul recours : porter l'affaire devant le tribunal administratif de Toulouse, en référé immédiat.

De recours en recours
Le 31 juillet, le président de la LFP, Frédéric Thiriez met le feu aux poudres en déclarant qu'il "se voit mal organiser un championnat de Ligue 2 à 21 clubs" (au lieu de 20, NDLR). Le temps joue alors contre Luzenac car le championnat reprend dès le 1er août. Alors que les clubs de deuxième division se préparent à la reprise, les joueurs de Luzenac sont eux suspendus à la décision du juge des référés et toujours pas inscrits, dans aucune compétition. Ce n'est qu'alors que le vent tourne. Le jour même de la reprise de la Ligue 2, le tribunal administratif de Toulouse suspend la décision prise par la DNCG d'interdire la montée à Luzenac. La DNCG dispose alors de 8 jours pour réexaminer le dossier. Le 7 août, un avis favorable pour l'intégration de Luzenac en Ligue 2 est effectivement rendu. Le bout du tunnel ? Non, car dès le lendemain, le conseil d'administration de la LFP coupe court à l'euphorie en recalant à l'unanimité Luzenac. Le motif : "le club ne dispose pas d'un stade répondant aux normes réglementaires de sécurité", explique la LFP qui ajoute que "le club n'a pas pris les dispositions nécessaires pour évoluer dans un tel stade tout au long de la saison, ni même proposer une solution d'un stade de repli".

Après le budget, le stade
En fait, deux éléments bloquent le déménagement au stade Ernest-Wallon. En premier lieu, le terrain du Stade Toulousain est non-conforme aux réglementations de la Ligue 2 car ne disposant pas de dispositif de vidéo surveillance. Des travaux sont donc à prévoir. D'autre part, l'association les "Amis du Stade Toulousain", propriétaires des lieux, n'a toujours pas donné son accord définitif à Luzenac. Elle attend que la montée du club soit officialisée. Le serpent se mord la queue : pas de stade tant que le club n'est pas en Ligue 2 et pas de Ligue 2 tant que le club n'a pas de stade. En outre, les "Amis du Stade Toulousain" souhaitent qu'en contrepartie du prêt de leur stade, Luzenac fournisse au Stade Toulousain des terrains pour les équipes de jeunes ainsi que l'assurance que les calendriers de rugby et football ne se chevaucheront pas. Les dirigeants de Luzenac saisissent à nouveau, le 11 août, le tribunal administratif de Toulouse ainsi que le CNOSF. Ils exigent la suspension du championnat de Ligue 2, deux journées de championnat s'étant déjà écoulées. Le lendemain, le club demande par ailleurs la conciliation du ministère des Sports qui refuse, ne s'estimant pas habilité.

De retour devant le tribunal
La Mairie de Toulouse décide de prendre les devants et propose à Luzenac le prêt du Stadium, où évolue le Toulouse Football Club, en attendant les travaux de mise aux normes du stade Ernest-Wallon. Le dénouement semble proche. Pendant ce temps, les politiques s'en mêlent. Le secrétaire d'État aux Sports, Thierry Braillard, s'en prend directement à Frédéric Thiriez. Il dénonce "l'hypocrisie de la Ligue qui empêche l'accession des amateurs au monde professionnel". Les parlementaires ariégeois, le président du Sénat Jean-Pierre Bel en tête, écrivent une lettre à Frédéric Thiriez. Le président de la LFP répond qu'il ne cédera "à aucune pression politique". Le 22 août, le ciel s'éclaircit encore un peu plus pour Luzenac lorsque le CNOSF rend un avis favorable à la montée du club. La pression est alors sur la LFP.

Le dénouement aujourd'hui ?
Le jour même, l'audience au tribunal administratif de Toulouse est mouvementée. Le long débat entre le juge des référés, les avocats de la LFP et ceux de Luzenac est entrecoupé d'une suspension de séance et par moments perturbé par le mécontentement des supporters, joueurs et dirigeants du club, venus en nombre. Maître Barthélémy, représentant de la LFP, obtient finalement un report d'audience pour permettre au conseil d'administration de la LFP de se concerter. Chose est faite lundi 25 août. La LFP accepte la conciliation proposée par le CNOSF. Elle est donc appelée à rejuger le dossier Luzenac et indique qu'elle communiquera sa décision à l'issue d'un conseil d'administration, programmé au mercredi 27 août, 18H (ce soir). Pour autant, la procédure au tribunal administratif continuait hier, 26 août, où l'audience a accouché d'une souris. Le juge des référés a finalement indiqué aujourd'hui qu'il n'y avait pas lieu de statuer étant donné que la LFP rendra son jugement au cours de la soirée. Son conseil d'administration, composé en majorité de présidents de clubs de L1 et L2, peut valider définitivement l'accession de Luzenac en L2 et la suspension immédiate du championnat. Dans le cas contraire, le club ariégeois aurait à nouveau la possibilité de saisir le CNOSF et déposer un énième recours auprès du tribunal administratif de Toulouse.

Une situation plus urgente que jamais
Déjà 4 journées de Ligue 2 se sont déroulées. Dans tous les cas, Luzenac ne pourra participer à la 5e, prévue ce vendredi. Autre échéance qui a son importance : la fin du mercato (période des transferts), le 1er septembre. Si le dossier continuait de trainer en longueur, Luzenac se verrait privé de recrutements, ce qui, là encore, serait une atteinte à l'équité sportive. Ce n'est certainement pas ce qui tracasse le plus les joueurs, dirigeants et personnels administratifs du club qui risquent le chômage, si jamais le club ne pouvait intégrer la Ligue 2. La fin du feuilleton ce soir ? C'est ce qu'espère Luzenac, qui fait désormais l'objet d'un puissant soutien politique, médiatique ainsi que de la part du sport amateur. À l'inverse, la LFP et son président n'ont jamais été autant sous le feu des critiques et quolibets.

Adrien Serrière
© photo Rémi Benoit

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