Dans l'Aveyron, les Forges de Laguiole remportent une bataille judiciaire. Interview du PDG, pour qui le combat continue

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Thierry Moysset, PDG des Forges de Laguiole
Thierry Moysset, PDG des Forges de Laguiole
C'est une victoire pour les Forges de Laguiole. La justice européenne vient d'annuler - pour le seul marché des articles de coutellerie - la marque "Laguiole" déposée en 1993 par un habitant du Val-de-Marne. L'entreprise aveyronnaise appelle désormais de ses vœux la création d'une Appellation d'origine protégée (AOP) pour les produits manufacturés. Interview de Thierry Moysset, PDG des Forges de Laguiole.



La justice européenne vient de trancher : vous êtes désormais les seuls à pouvoir vendre des couteaux "Laguiole". L'homme qui avait déposé la marque en 1993, Gilbert Szajner, un habitant du Val-de-Marne, pourra cependant continuer à commercialiser d'autres produits sous ce nom. C'est tout de même une victoire ?

Bien sûr, c'est une victoire, à bien des égards. La justice européenne a reconnu aux Forges de Laguiole l'antériorité de notoriété du nom "Laguiole" par rapport à la marque déposée par ce monsieur (cette décision pourrait éventuellement faire l'objet d'un pourvoi devant la Cour de justice européenne, NDLR). Cela s'applique à la fois aux couteaux et à tous les objets coupants activés manuellement. C'est un petit pas pour l'Homme, mais un grand pas pour Laguiole !

Cependant, votre combat n'est pas terminé ?
C'est vrai, mais désormais, nous allons pouvoir faire valoir nos droits. La mairie de Laguiole, qui a, elle, été déboutée par la cour d'appel de Paris, va se pourvoir en cassation. Car ce combat va beaucoup plus loin que les seuls couteaux de Laguiole. C'est un combat citoyen qu'il faut mener. Celui de la défense de l'identité des territoires, des villages. Nos politiques ont perdu cette territorialité qui génère l'activité. Il est paradoxal que la France nous prive de notre nom et que ce soit l'Europe qui nous le rende ! C'est incompréhensible : l'Europe reconnaît des territoires que la France avait laissé tomber ! Il faut recréer de la vie dans les territoires, au service de l'emploi. Un produit territorial est une richesse, une pépite à préserver. Il est incroyable qu'une ville comme Laguiole, riche de plusieurs centaines d'années d'histoire, soit obligée de prouver son antériorité de notoriété par rapport à une marque. Aujourd'hui, n'importe quelle ville peut perdre son identité, c'est fou...

Quelle serait la solution, selon vous ?
Nous devons basculer vers un autre modèle. Il faut que l'intérêt collectif prime sur l'intérêt particulier. Pour cela, il faut imaginer une nouvelle formule juridique, un système d'AOP (Appellation d'origine protégée, NDLR) pour les produits manufacturés.

Pour vous, on confond souvent le "fabriqué en France" et le "fabriqué en France dans un territoire bien précis"...
Malheureusement, oui. Dans la logique du "made in France", peu importe où est fabriqué le savon de Marseille, s'il est fabriqué en France. C'est une erreur stratégique phénoménale. Il y a dans notre pays une richesse de création et d'innovation fantastique. Il faut la préserver. Il faut valoriser les produits territoriaux. Des villages qui ont des capacités, comme Laguiole, il y en a beaucoup, en France : il faut en prendre conscience. Ces territoires, ce sont nos identités.

Que va changer concrètement cette décision de la justice européenne dans le développement de l'activité des Forges de Laguiole ?
Nous allons créer de l'emploi à Laguiole, tout simplement. Nous avons déjà embauché une quinzaine de personnes depuis le mois de septembre et nous ferons de même en 2015. Car une telle décision contribue à recréer de la confiance. Cela nous renforce clairement dans notre position.

En savoir plus :

Les Forges de Laguiole, qui emploient 110 salariés, ont enregistré en 2013 un chiffre d'affaires de 8 M€, réalisé à 70 % à l'export, notamment en Europe, aux États-Unis, au Japon et en Asie du Sud-Est. La société a fait appel en juin dernier à un investisseur suisse, le propriétaire de la holding FLH Brands (lire notre article). "Cela nous permettra d'investir cette année 1 M€ dans notre développement à l'export et dans notre organisation industrielle", se réjouit Thierry Moysset.

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