Quel bilan pour la stratégie Smart City de Toulouse Métropole ?

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Table ronde du forum Smart City avec Carlos Moreno, expert Smart City, Mélanie Tisné-Versailles du Laboratoire des Usages, Bertrand Serp, vice-président de Toulouse Métropole et Fabrice Casciani d'EDF
Table ronde du forum Smart City avec Carlos Moreno, expert Smart City, Mélanie Tisné-Versailles du Laboratoire des Usages, Bertrand Serp, vice-président de Toulouse Métropole et Fabrice Casciani d'EDF (Crédits : Rémi Benoit)
À l'occasion du second Forum Smart City organisé par La Tribune, Toulouse Métropole a fait un point d'étape sur la démarche de ville intelligente initiée en 2014. Devant les 600 personnes présentes, la collectivité a mis en avant une dizaine d'expérimentations avec des startups, une démarche de consultation citoyenne et l'obtention de subventions européennes. L'ancien maire de Toulouse Pierre Cohen reproche à la municipalité "de surfer sur une tendance qui marche sans proposer de réelle vision de la ville".

"Toulouse doit être reconnue parmi les métropoles les plus en pointe d'ici à 2020 en matière de ville intelligente !" Jean-Luc Moudenc avait affiché cette ambition lors du premier Forum Smart City Toulouse organisé en décembre 2014 par La Tribune. Quelques mois plus tôt, au mois de septembre, le conseil de communauté de Toulouse Métropole adoptait une délibération pour lancer officiellement sa démarche de ville intelligente.

500 millions d'euros d'investissement d'ici 2020

Deux ans après, quel bilan tirer de la démarche initiée par la collectivité ? Pour rappel, le concept de "Smart city" (ou ville intelligente) désigne un type de développement urbain qui concilie développement économique durable, qualité de vie élevée, et une gestion avisée des ressources naturelles en s'appuyant sur les nouvelles technologies d'information et de la communication. Toulouse Métropole veut investir 500 millions d'euros d'ici 2020 autour de cinq ambitions : "une mobilité plus simple et fluide", "une ville adaptable, efficiente et respirable", "une métropole internationale et ancrée dans ses racines", "une ville du bien-vivre, encore plus chaleureuse et intergénérationnelle", et "une ville plus belle, propre et sûre".

Lampadaires, compteurs d'eau et stationnement intelligent

kawantech

Le capteur installé sur le lampadaire permet d'ajuster l'éclairage nocturne. (Crédits : DR)

Autant d'idées que la collectivité souhaite concrétiser à travers la mise en œuvre de quinze premiers "grands chantiers". Parmi ceux-ci, la mise en place d'une data plateforme autour des données publiques ouvertes, la création d'une dizaine de hubs multimodaux, le développement d'un observatoire urbain environnemental, ou encore le déploiement d'un éclairage public intelligent, la rénovation des trottoirs et la création de dix quartiers intergénérationnels pilotes en cinq ans. Pour départager les meilleures applications en la matière, Toulouse Métropole accompagne en parallèle 18 expérimentations de startups.

La ville de Toulouse a commencé à déployer cette année les lampadaires intelligents conçus par la startup Kawantech. La jeune société, implantée à Labège, a mis au point un capteur de mouvements à installer dans le réverbère pour faire varier l'éclairage nocturne en fonction du passage en permettant de réaliser 65 % d'économies d'énergie par rapport à un éclairage constant. La Métropole s'est fixé pour objectif d'en installer 485 courant 2017 dans la ville mais aussi dans les zones d'activités ou pavillonnaires où la détection est la plus utile.

Autre axe de réflexion : le stationnement intelligent. La startup toulousaine Parkisséo avait mis au point un prototype d'application pour optimiser le stationnement en centre-ville mais Toulouse Métropole a décidé de ne pas donner suite après le premier test. La collectivité souhaite expérimenter de nouvelles solutions mais aussi "la dématérialisation du ticket de stationnement, expérimenter avec l'entreprise Sterela une caméra embarquée pour contrôler le stationnement payant, et permettre aux habitants de signaler les véhicules ventouses via l'application mobile Allô Toulouse".

Par ailleurs, les villes de Cugnaux, Saint-Orens-de-Gameville et Villeneuve-Tolosane vont expérimenter sur trois ans de 700 compteurs d'eau intelligents permettant la relève à distance de la consommation des particuliers.

La 4G dans le métro fin 2017

Annoncée fin 2014, la 4G dans le métro toulousain devrait voir le jour à la fin de l'année prochaine. Toulouse Métropole et Tisseo ont annoncé le 30 novembre dernier la signature de conventions avec les quatre principaux opérateurs télécoms (Orange, Bouygues, SFR, Free) "avec un début des travaux cet hiver et une mise en service pour l'automne 2017". Le montant total des investissements représente 10 millions d'euros, réparti entre les opérateurs privés, Toulouse Métropole et Zefil, le réseau numérique de Toulouse Métropole, créé pour compléter les offres des opérateurs privés.

 Voitures autonomes et troisième ligne de métro

Sur le volet mobilité, la ville tente de combler son retard alors qu'elle a longtemps été pénalisée par son offre insuffisante en matière de transports publics. "Quatre milliards d'euros seront consacrés aux déplacements dans les 15 prochaines années", argumente Jean-Luc Moudenc le maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole. Le projet phare est la troisième ligne de métro (2 milliards d'euros) qui doit permettre de relier les principaux pôles économiques de Colomiers à Labège.

Autre piste de réflexion, la mise en circulation de véhicules autonomes sur des zones en circuit fermé. La startup toulousaine Easymile veut ainsi implanter dans l'agglomération quatre zones de tests pour assurer par exemple la desserte entre le terminus du métro à Basso Cambo et l'usine Continental.

Bientôt des subventions européennes ?

Côté financement, Toulouse Métropole a décroché en février dernier une subvention de 5 millions d'euros en figurant parmi les 31 projets retenus dans le cadre du second appel à projet de l'État pour le programme d'investissements d'avenir "ville de demain". Le secteur "plaine campus" (avec notamment la Zac Toulouse Montaudran Aerospace, le projet urbain Hers Malepère Marcaissonne et le campus universitaire de Rangueil), le centre-ville et la Cartoucherie sont directement concernés.

Mais la collectivité espère surtout décrocher des subventions européennes. "Toulouse Métropole s'est associée avec deux autres villes (Oslo et Séville) pour décrocher l'appel à projets européen Smart cities. 18 à 20 millions d'euros sont en jeu", explique Bertrand Serp, vice-président de Toulouse Métropole en charge du Numérique.

Une "open métropole"

Largement mise en avant ce matin lors du Forum Smart City, la démarche d'open métropole vise à interagir avec les citoyens pour proposer des services pertinents. Le Laboratoire des usages, dont l'animation a été confiée à Ekito, remplit cette mission de consultation citoyenne. Toujours dans la volonté de promouvoir les initiatives citoyennes, un appel à projet "co-construire l'Open métropole" a été lancé et trois lauréats ont été distingués. Un appel à projets entreprises " Numérique et open data" a également été lancé cette année. Trois principes fondent cette stratégie : mettre le citoyen au cœur de la démarche, mener une co-construction public-privé et une donnée publique partagée.

"Au total 4600 citoyens ont été consultés et 56 entreprises sont impliquées" a expliqué Caroline Lapelerie, directrice déléguée développement et coordination des programmes de Toulouse Métropole.

L'opposition municipale mitigée

Fin mars, après l'adoption du schéma directeur de la Métropole, l'opposition municipale était montée au créneau pour dénoncer un "coup de com" et une démarche "sans cohérence". Aujourd'hui, la conseillère municipale PS Isabelle Hardy, présente lors du Forum Smart City, relève "une progression notable même s'il faudrait aller plus loin": "Les expérimentations sont une bonne chose. Je regrette une approche parfois centrée autour de la technologie et des produits alors que les enjeux sont beaucoup plus larges avec des défis sociaux, écologiques, culturels importants pour la ville".

De son côté, le conseiller municipal PS Romain Cujives estime qu'il y a "beaucoup de communication mais peu de réponses concrètes et pas à la hauteur des enjeux" : "Le monde de la recherche n'est pas assez présent dans la démarche et il faudrait remettre au cœur de la réflexion les citoyens".

Présent également tout au long des débats, l'ancien maire de Toulouse Pierre Cohen se dit "sensible aux notions de consultation citoyenne" : "il faut s'appuyer sur les citoyens et éviter une dictature de la technologie". Concernant la stratégie smart city de Toulouse, il se montre sceptique : " comme souvent, Toulouse cherche ses atouts sans avoir véritablement d'orientation. Jean-Luc Moudenc surfe sur une tendance qui marche mais ne propose pas de vision claire de la ville de demain".

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