Ces technologies du futur dévoilées à la conférence Emtech

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Le Quai des Savoirs a accueilli la conférence Emtech France à Toulouse.
Le Quai des Savoirs a accueilli la conférence Emtech France à Toulouse. (Crédits : Opinno)
Intelligence artificielle, impression 3D et matériaux intelligents, la conférence Emtech France a ouvert une fenêtre sur le futur et les technologies qui le composeront. Pendant deux jours au Quai des Savoirs, à Toulouse, les plus incroyables spécialistes ont partagé leurs connaissances. Florilège.

"Vous êtes le futur de l'économie". Dans son discours d'ouverture, mardi 15 décembre à Emtech France, Jean Tirole, lauréat du prix de la banque de Suède en mémoire d'Alfred Nobel, a mis le focus sur le sens même de cette conférence consacrée aux technologies émergentes. Intelligence artificielle, nanorobots, matériaux intelligents, une fenêtre était ouverte sur l'avenir pendant deux jours au Quai des Savoirs.

"Même si ce sont des champs d'application différents, il y a une même ligne directrice dans toutes les interventions : comment utilisons-nous la technologie, qu'en faisons-nous et quelles sont leurs limites ?", a rappelé Kathleen Kennedy, la présidente de la revue MIT Technology, organisatrice de l'événement.

À la suite de l'économiste toulousain, Tariq Krim, l'un des hérauts de l'internet français, a introduit son intervention avec gravité et émotion. Alors que s'affichait derrière lui la devise parisienne "Fluctuat nec mergitur", symbole de résilience après les attentats du 13 novembre, Tariq Krim a rendu hommage à ses amis morts dans l'un des bars visés. "Je ne devrais pas être là devant vous car il y a un mois je devais assister à un anniversaire. C'est la première fois que j'en parle publiquement", a-t-il avoué très ému.

Après un temps de silence, le spécialiste du numérique est revenu au thème de la journée.

"J'adore la technologie, mais il faut reconnaître que nous avons échoué car nous détruisons la planète pour construire des iphones. Avons-nous besoin d'en acheter autant chaque mois ?", s'est interrogé le PDG de Jolicloud, une multiplateforme d'applications en ligne. La question principale est 'que pouvons nous faire pour changer le monde' ?"

Et d'inviter les créateurs de technologies à "poursuivre un but social pour améliorer le monde" car "si vous avez le talent de faire quelque chose et que vous ne faites rien pour améliorer le monde, vous êtes égoïste".

S'appuyer sur l'IA pour ne pas être asservi

Veste de cuir et queue de cheval, Rand Hindi, le jeune directeur de Snips, a déroulé sa vision d'un monde numérique à la fois connecté et déconnecté.

Son constat : les applications numériques actuelles réclament une attention constante et croissante. "Combien d'actions devons-nous réaliser pour régler et utiliser des applications comme Airbnb par exemple ? Au rythme actuel, nous serons asservis dans 10 ans et nous passerons notre temps à réagir à des notifications", a-t-il prévenu.

Sa solution : laisser une intelligence artificielle régler ces problèmes à notre place. Selon Rand Hindi, l'IA servirait de filtre entre l'individu et les services numériques mais aussi anticiperait ses besoins.

Pour arriver à cela, l'IA devra nécessairement collecter un nombre colossal d'informations sur les utilisateurs. Conscient des problèmes éthiques inhérents à cette collecte, Rand Hindi milite en faveur d'une confidentialité accrue des données. "Certaines informations peuvent rester localisées dans les machines et celles qui doivent être partagées seront cryptées", a-t-il assuré.

Une prothèse en impression 3D

Rendre abordable les prothèses manuelles grâce à l'impression 3D, c'est le rêve presque réel de Nicolas Huchet. Directement concerné depuis qu'il a perdu une main dans un accident professionnel, le Rennais a mis au point sa propre main artificielle dans un fablab. Bidouillée pendant trois ans dans un garage, sa réalisation est bien moins lourde et surtout, bien moins coûteuse que "les merveilles de technologie conçues ces dernières années" qui "coûtent un bras".

"En travaillant sur cette troisième main, j'avais l'impression de réparer mon corps a-t-il témoigné. C'était psychologiquement très intéressant."

Conçue en licence libre, la prothèse de Nicolas Huchet s'ouvre et se ferme. Elle peut pincer et réaliser un certain nombre de mouvements précis. Nul besoin d'appuyer sur un bouton, la main est reliée à des capteurs placés sur les muscles du bras, dont les contractions, transformées en signaux électrique, actionnent les mécanismes de la main artificielle.

Enthousiasmant, le jeune homme, dont les inventions pourraient changer le quotidien de milliers de personnes amputées, ne compte pas s'arrêter là. Ces prochains chantiers porteront sur le poids, les sensations, l'intégration de sources d'énergie et la réduction du nombre de câbles qui aujourd'hui jaillissent encore de sa prothèse.

Mieux que l'impression 3D, l'impression 4D

Dans un monde où les objets produits sont de plus en plus complexes, les matériaux intelligents pourraient révolutionner les modes de production. Dans une vidéo, diffusée pendant la conférence Emtech, Skylar Tibbits, le directeur du laboratoire d'auto-assemblage au MIT, a présenté les derniers fruits de ses recherches sur l'impression 4D et les matériaux intelligents.

"Ces matériaux auto-assembleurs sont composés d'éléments indépendants qui se rassemblent en une forme préétablie, a-t-il expliqué. Nous essayons de concevoir des matériaux qui se comportent comme des robots mais sans fils, ni moteurs, en utilisant des énergies passives comme les chocs, la chaleur, le magnétisme, etc."

Par expliquer le processus, Skylar Tibbits prend l'exemple d'un fil de métal tordu en forme de rosace, puis réchauffé à 1000 °C. Refroidi ensuite, puis déroulé, le fil est plongé dans de l'eau bouillante, où il retrouve sa forme de rosace. Le procédé pourrait être utilisé dans de nombreux domaines, notamment dans des environnements dangereux où des objets pourraient s'assembler sans intervention humaine.

Et d'autres...

On pourrait revenir sur chacun des intervenants de ces deux journées de conférence, tant les savoirs partagés étaient intéressants. Pour ceux qui souhaiteraient se replonger dans les nombreuses présentations, celles-ci seront bientôt disponibles en ligne.

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