The Village : "l'action des villes sur le climat est l'incarnation la plus parfaite du glocal "

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Nicolas Hazard, fondateur d'INCO et président du conseil stratégique de la Ville de Paris.
Nicolas Hazard, fondateur d'INCO et président du conseil stratégique de la Ville de Paris. (Crédits : Rémi Benoit)
Depuis les stratégies marketing des marques jusqu'aux plans climat des villes en passant par la politique, pour Nicolas Hazard, fondateur d'INCO et président du conseil stratégique de la Ville de Paris, l'alliance entre le global et le local est la meilleure réponse aux attentes du consommateur et du citoyen du XXIe siècle.

On parle de plus en plus de solutions glocales, de quoi s'agit-il exactement ?

Le terme « glocal » illustre l'alliance de deux tendances concomitantes. D'un côté on observe une approche globale, incarnée par la mondialisation  : les pays et les activités économiques sont de plus en plus intégrés et toute action peut avoir un impact systémique, tout produit est conçu pour satisfaire un marché global. Ce n'est pas un hasard si les startups israéliennes, avec leur marché domestique de petite taille, excellent dans cet exercice.

Après les 30 Glorieuses, où prévalait le cadre national, on est passé au global, avec la standardisation des produits de consommation, une stratégie de croissance au niveau mondial pour les entreprises. Mais c'est tellement immense, tellement intangible, qu'on a besoin de se réapproprier une échelle plus locale. Plus il y a de global, plus on ressent le besoin de se raccrocher à quelque chose de familier, donc de local.

Comment se traduit cette évolution dans l'économie ?

Cette double tendance se reflète dans les modes de production. Les nouvelles technologies, comme les imprimantes 3D, permettent de fabriquer des produits conçus pour le monde entier, tout en relocalisant la production et en autorisant le sur-mesure. Car le consommateur d'aujourd'hui n'a pas envie d'un produit standardisé comme dans les années 1970. C'est ce qu'a parfaitement compris Nike, dont le marketing de marque est totalement globalisé, mais qui propose des baskets customisées pour s'adapter aux critères (culturels, de mode...) de chacun.

Sur le plan économique, les entreprises les plus performantes sont celles qui concilient ces deux approches, en cumulant une bonne performance internationale et la capacité à faire du sur-mesure de masse. Autrement dit, en développant des réponses à la fois globales et locales aux envies des consommateurs.

 Penser global mais agir local, c'est aussi une stratégie en vogue dans la sphère environnementale...

En effet, le glocal apporte la meilleure réponse possible aux problématiques environnementales, sociales et sociétales. Le changement climatique, par exemple, est une problématique globale, mais les solutions n'existent pas à grande échelle. Elles sont au contraire hyper locales. Solaire, éolien, traitement de l'eau... Il n'existe pas une solution magique unique, mais une multitude d'initiatives qui s'adaptent aux ressources et aux enjeux locaux. Et parfois ces solutions locales marchent si bien qu'elles deviennent globales.

C'est le cas par exemple du micro-crédit, qui donne accès au financement d'activités économiques à des personnes sans accès au crédit. Le concept est devenu universel, mais les institutions de microfinance continuent d'adopter des approches très locales.

Mais l'incarnation du glocal la plus parfaite, c'est encore l'action des villes contre le changement climatique. Les villes les plus engagées dans la lutte contre le changement climatique, réunies dans le réseau C40, s'échangent par exemple leurs bonnes idées et leurs retours d'expériences, et pratiquent l'innovation croisée : elles mutualisent des initiatives locales pour apporter une solution globale à un problème qui ne connaît pas les frontières. Ce dispositif horizontal d'échanges et de collaborations, c'est l'avenir, car l'exact opposé de ce qui a été fait jusqu'à présent notamment via l'échelon national, où chaque État bricolait dans son coin sa politique climatique sans cohérence avec celle de son voisin.  L'échelle des villes est la bonne échelle, car elle permet la mise en œuvre d'approches bottom/up qui font remonter les innovations efficaces.

Même sur le plan technologique, on voit de plus en plus d'innovations nées au Sud et déclinées au Nord, à quoi cela est-il dû ?

En effet, on voit de plus en plus de techniques ancestrales, toujours en vigueur dans certains pays en développement, reprendre du galon. C'est le cas notamment dans le traitement de l'eau ou la climatisation naturelle des bâtiments. Ces innovations peuvent être adoptées par de grands groupes internationaux qui réalisent que les solutions et services - généralement très complexes et gourmands en capitaux - qu'ils ont développés pour les économies matures sont inexportables dans ces pays. Certaines de ces solutions sont d'ailleurs répliquées au Nord, moyennant leur adaptation aux normes (de qualité, de sécurité, etc.) qui ne sont pas les mêmes.

Cette évolution dans la sphère économique a-t-elle son pendant en politique ?

Tout à fait. C'est même par là qu'il faut commencer. Il faut repenser non seulement la façon dont on crée, mais aussi nos systèmes politiques. On voit bien qu'il existe une défiance à l'égard du politique, parfaitement illustrée ces derniers temps par la méfiance envers l'Union européenne, le Brexit, la montée des extrêmes... Ceci alors même qu'aujourd'hui ce sont partout les élections municipales qui enregistrent la plus forte participation. On sent bien que l'échelon local va reprendre de plus en plus de poids.

 En-deçà de l'échelon local, c'est aujourd'hui chaque citoyen qui veut se faire entendre et participer...

Le succès de mouvements comme Podemos en Espagne ou Cinq Etoiles en Italie traduit cette volonté du citoyen de se réapproprier les grands changements et sa crainte de voir son destin lui échapper. Au même titre qu'il désire de plus en plus être « consommacteur » plutôt que simple consommateur - en témoignent les succès des circuits courts ou les plateformes de crowdfunding - chacun souhaite être davantage impliqué dans la vie de la Cité. Le consommateur reprend le pouvoir et un rôle prépondérant. Il semblerait même que nous soyons en train de passer de l'ère de la démocratie à la « consocratie » mondiale, où le consommateur devient citoyen.

En s'impliquant à l'échelle de leur territoire dans des collectifs citoyens plus ou moins structurés qui se multiplient, en innovant ensemble pour trouver des solutions aux défis sociaux et environnementaux de leurs territoires et en partageant ces initiatives avec d'autres aux quatre coins du monde grâce aux réseaux sociaux, les individus inventent parfois sans le percevoir les moyens de réagir globalement aux défis de notre planète.

Et c'est pour accompagner et encourager ce mouvement de fond mondial que nous organisons « The Village » à Saint-Bertrand-de-Comminges. En identifiant des solutions qui marchent portées notamment par des entrepreneurs et startupeurs qui répondent aux défis de leurs territoires, en conviant des décideurs publics et privés à les découvrir et échanger avec eux, en impliquant les habitants du village autour des enjeux liés au travail, à la santé, au numérique, nous espérons réconcilier acteurs locaux et globaux au profit d'un monde plus inclusif et plus durable.

Les 8 et 9 septembre prochain, 100 décideurs sont attendus dans la cité médiévale de Saint-Bertrand-de-Comminges pour la première édition de The Village pour réfléchir à un monde inclusif et durable. En amont de cet événement organisé par La Tribune en collaboration avec le Comptoir de l'Innovation INCO et la Région Occitanie, nous vous proposons chaque jour un article autour de cette thématique. Aujourd"hui, l'interview de Nicolas Hazard, fondateur d'INCO et président du conseil stratégique de la Ville de Paris. Pour toute demande d'information complémentaire : stephane.dartigues@latribunetoulouse.fr

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