Lancement du Book Éco 2017 : "L'innovation, c'est comme le rock"

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(Crédits : Rémi Benoit)
À l'occasion de la sortie en kiosque du Book Éco 2017, La Tribune a organisé à Toulouse ce jeudi 26 janvier une conférence débat sur le thème de l'innovation. Des échanges qui ont montré que l'innovation pouvait venir de tous les secteurs à condition que les conditions soient réunies et que l'ensemble de acteurs locaux tirent dans le même sens.

L'innovation en Occitanie : quelles perspectives pour 2017 ? C'était le thème de la conférence-débat organisée ce jeudi 26 janvier à Diagora-Labège pour le lancement du Book Éco 2017, à l'occasion du salon Midinnov. Avec 3,8 % de son PIB consacrés à l'effort de recherche, 30 000 chercheurs, 15 pôles de compétitivité et 2 métropoles French Tech, l'Occitanie se positionne en effet comme l'une des places fortes en matière d'innovation en France.

L'importance de l'écosystème

Et cette dynamique régionale est essentielle dans le processus d'innovation, comme l'a rappelé Jérôme Vicente, directeur du Lereps (laboratoire de Sciences Po Toulouse). "L'innovation de rupture doit être observée au niveau de l'entreprise mais aussi au niveau régional. Il est important de comprendre la façon dont l'entreprise est intégrée dans l'écosystème." Pour le chercheur, cela se résume en une formule choc :

"L'innovation, c'est un peu comme le rock. Il y a l'upperground, avec les entreprises très connues, l'underground, qui innovent dans leur garage, mais il faut un middleground."

Au-delà de cet aspect, il a insisté sur la nécessité d'anticiper l'émergence des futurs marchés en s'appuyant sur les expertises du territoire. "Les nouveaux marchés ne se créent pas en balayant le passé. Les anciennes compétences doivent être au cœur des nouvelles compétences, à l'image des semi-conducteurs dans la Silicon Valley. Quand un marché décline, il faut être le premier sur le prochain."

Jérôme Vicente

Jérôme Vicente, directeur du Lereps (© Rémi Benoit)

Un avis partagé par Élodie Ballande, directrice flux et solutions de paiements au CIC Sud-Ouest. Selon elle, le secteur bancaire est "mis à rude épreuve par de nombreux facteurs tels que les changements technologiques, les changements règlementaires, qui ont permis l'entrée de nouveaux acteurs, et les changements d'usages". Face à ce phénomène de rupture, "le CIC se doit d'être innovant et nous nous appuyons sur nos compétences en matière de monétique où nous sommes en pointe". Elle explique par ailleurs que les banques ont pour stratégie de s'appuyer sur les fintechs, "plus réactives et sur des marchés plus pointus".

Elodie Ballande

Élodie Ballande, responsable flux et solutions de paiement CIC Sud-Ouest (© Rémi Benoit)

Collaboration et fertilisation croisée

Des interactions entre grandes groupes, PME, startups ou laboratoires que la Région souhaite encourager. Ainsi, après avoir rappelé l'importance des différentes filières régionales (agroalimentaire, tourisme, aéronautique et spatial...), Nadia Pellefigue a insisté sur ce point : "Pour être compétitifs demain, il faut conjuguer recherche académique, recherche fondamentale, TPE-PME et industrie." La vice-présidente du Conseil régional d'Occitanie en charge du Développement économique et de l'innovation a par ailleurs indiqué que les appels à projets de la Région étaient soumis à l'existence "d'accords entre grandes entreprises et TPE-PME ou entre entreprises et laboratoires".

Cette démarche, Hervé Méric, président de Kalitec Génie Climatique, l'a déjà entamée. À la tête d'une PME de 20 personnes dans les services à l'industrie, il explique avoir été contacté par un consortium réfléchissant à la production de micro-algues sur les façades des bâtiments. Aujourd'hui, en collaboration avec des universités, des architectes et des industriels, Kalitec Génie Climatique a participé à la construction d'un projet pilote à Champs-sur-Marne et est lauréat du concours Réinventer Paris pour la réalisation d'un immeuble dans le 13e arrondissement de la capitale. "L'innovation se cache partout. Il faut à tout prix aider les PME", insiste Hervé Méric.

Hervé Méric, Kalitec

Hervé Méric, président de Kalitec Génie Climatique (© Rémi Benoit)

Mais il n'est pas facile pour toutes les entreprises de se lancer dans ce type de projets. Pour Christophe Vassal, président du directoire de CLS, "l'innovation est très difficile à appréhender et la vraie problématique est l'innovation de rupture". La société, qui emploie 650 personnes et enregistre 120 M€ de chiffres d'affaires a fêté ses 30 ans l'an dernier. Si elle est en croissance continue, Christophe Vassal s'interroge :

"Comment sortir des habitudes pour innover ? Peut-être avec des incubateurs de startups, peut-être avec des idées de collaborateurs qui peuvent paraître absurdes au premier abord."

Il explique ainsi "commencer à réfléchir à travailler avec des startups" et reconnaît que l'intégration au Pôle Mer et au cluster InSpace a permis de "changer les mentalités". "Il faut lutter contre certaines réserves que nous avons à partager nos connaissances et nos projets."

Christophe Vassal, CLS

Christophe Vassal, président du directoire de CLS (© Rémi Benoit)

Comment booster l'innovation ?

Les pôles de compétitivité et les clusters sont justement au cœur de la politique d'innovation française. Une politique remise en cause par la Cour des comptes, comme l'a rappelé Jérôme Vicente, auteur du livre Économie des clusters, "notamment sur leur rendement économique. Les pôles sont par ailleurs trop centralisés au niveau national et peuvent avoir tendance à créer des effets d'aubaine", explique le chercheur.

Si l'innovation vient souvent de collaborations nouvelles, elle nécessite aussi des financements. Une problématique à laquelle sont confrontées toutes les entreprises. Si Christophe Vassal et Hervé Méric souligne tous les deux l'efficacité du Crédit impôt recherche (CIR), le président du directoire de CLS regrette les lourdeurs administratives d'un système de financement comme le FUI.

"Nous avons sollicité 100 000 euros d'aide européenne. Pour cela, il a déjà fallu passer deux oraux à Paris, revoir plusieurs fois notre dossier et engager pas loin de 20 000 euros sans être sûrs d'avoir le financement. Dans le même temps, le time to market est très court", explique Christophe Vassal.

"Pour une innovation de rupture, il ne faut pas que les financeurs attendent un retour immédiat, ajoute le président du directoire. Il faut se battre pour créer de l'emploi en région. L'innovation doit y contribuer tout en aidant à l'attractivité."

Pour Hervé Méric, le CIR est "intéressant quand une entreprise innove déjà, mais il faut que les collectivités réfléchissent aux moyens d'impulser l'innovation dans les PME. Quand une PME innove, cela redynamise les salariés. Pourquoi ne pas créer un compte temps mutualisé pour faire émerger des idées dans les entreprises", avance-t-il.

Nadia Pellefigue

Nadia Pellefigue ©photo Rémi Benoit

La Région, qui vote le 2 février le Schéma de développement économique, d'innovation et d'internationalisation (SRDEII), est consciente de ces difficultés. Nadia Pellefigue rappelle ainsi qu'il est nécessaire "d'adapter les dispositifs aux spécificités du territoire et aux besoins de chaque entreprise".

"Il n'y a pas de croissance sans compétitivité et pas de compétitivité sans innovation", a-t-elle conclu.

Le Book Éco 2017 est en kiosque

Le Book Éco offre une vision à la fois panoramique et précise de la vie économique de la région. Outil de veille économique, le Book Éco passe au crible l'économie de l'Occitanie, en s'intéressant à chacun des 13 départements. Le Book Éco vous permet également de vous familiariser avec les acteurs économiques et politiques importants de la région. Enfin, pour chaque département, vous retrouvez le classement des entreprises par chiffre d'affaires.
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