"Un risque de friches commerciales d'ici quelques années", interview de l'économiste Philippe Moati

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Le club de l'immobilier a consacré sa première conférence de l'année 2013 à l'urbanisme commercial. Invité de marque : l'économiste Philippe Moati* a alerté sur la nécessité d'adapter l'offre immobilière aux nouvelles demandes des consommateurs.Vous décrivez dans votre dernier ouvrage* une vraie mutation des modes de consommation, de quoi s'agit-il ?

Le club de l'immobilier a consacré sa première conférence de l'année 2013 à l'urbanisme commercial. Invité de marque : l'économiste Philippe Moati* a alerté sur la nécessité d'adapter l'offre immobilière aux nouvelles demandes des consommateurs.

Vous décrivez dans votre dernier ouvrage* une vraie mutation des modes de consommation, de quoi s'agit-il ?

En effet nous notons plusieurs mutations de taille et une en particulier est une lame de fond, il s'agit du e-commerce. S'il n'occupe encore aujourd'hui que 5 % du marché, il devrait progresser de façon exponentielle d'ici 2020. Par ailleurs, les consommateurs manifestent une perte de confiance dans les acteurs de la grande distribution, un retour aux petits commerces, la recherche d'authenticité et de services...
C'est d'ailleurs une évolution marquante dans le commerce : nous sommes en train de passer d'une relation marchande à une relation de services. On voit ainsi une offre de plateforme de services très variés se dessiner, avec notamment des show-rooms, des agences conseils, des posters stores (ces cubes qui permettent de scanner ses achats sur QR codes). Ce dernier modèle coute en moyenne 200 € à fabriquer, s'il devient la norme, je vous laisse imaginer l'impact sur le commerce traditionnel...

Quelles pourraient être les répercussions de ces évolutions sur l'immobilier commercial ?

Si les professionnels de l'immobilier commercial n'adaptent pas immédiatement leur production face à ces mutations, ils vont construire des commerces qui seront obsolètes dès qu'ils sortiront de terre. En effet les acteurs du marché de la consommation, sont les premiers à anticiper dans les toutes prochaines années, un retour des petites surfaces de proximité et le recul de la grande distribution.
Il est donc indispensable de s'adapter à cela, mais attention, proximité ne veut pas dire centre-ville : il faut inventer un commerce de proximité qui s'adapte aux périphéries des agglomérations.

Avez-vous le sentiment d'être entendu ?
Pas vraiment pour l'heure, on voit bien que l'on construit des retail-parks à tour de bras. A ce rythme, le risque majeur est de nous retrouver avec des friches commerciales d'ici quelques années. De même alors que l'on assiste à une progression fulgurante du e-commerce : il y a toujours autant de m2 de surfaces commerciales dans les cartons, cherchez l'erreur !

Propos recueillis par Béatrice Girard.
Philippe Moati est professeur agrégé d'économie à Paris 7, ancien du CREDOC et co-fondateur de l'Obsoco. A lire : "La nouvelle révolution commerciale"
Editions Odile Jacob.

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