Biznext : "Le coup d’État citoyen", la politique à l’heure du numérique

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Elisa Lewis et son livre Le Coup d’État citoyen
Elisa Lewis et son livre Le Coup d’État citoyen (Crédits : DR)
La Tribune propose une masterclass interactive sur la politique lors de la prochaine édition de Biznext, le 14 novembre au Casino-Théâtre Barrière à Toulouse. Elisa Lewis, co-auteure de Le Coup d’État citoyen, et Léonore de Roquefeuil, présidente de Voxe.org, partageront leur analyse et diront pourquoi la campagne pour les élections de 2017 ne ressemble à aucune autre. Interview d’Elisa Lewis.

Vous décrivez un paysage politique sclérosé et dominé par la défiance des citoyens à l'égard des élus. En quoi l'avènement du numérique a-t-il changé notre perception du politique ?
Les démocraties occidentales vivent une crise sans précédent : abstention massive, désenchantement à l'égard des partis politiques recentrés sur la seule logique de conquête de pouvoir, sentiment que la construction des lois se fait dans un huis clos entre experts et vote pour des partis populistes, etc.
Les Français ont le sentiment de vivre dans une démocratie intermittente où il sont certes consultés tous les cinq ans mais considérés, dans l'intervalle, comme quantité négligeable. Or, la verticalité du monde politique entre en conflit avec l'horizontalité que permet le numérique (intelligence collaborative, mise en réseaux, nouveaux modes de transmission de l'information).
Avec ce livre, nous avons voulu dessiner un nouvel horizon démocratique alors même que le récit du monde encourage parfois le sentiment d'être impuissant et désarmé. Nous avons réalisé un tour du monde des innovations démocratiques en Espagne, en Tunisie, en Argentine, au Brésil, en Islande, etc. C'est le passage d'une démocratie de la délégation à une démocratie de l'action.

Notre démocratie a-t-elle besoin d'un coup d'État citoyen ?
Un coup d'État marque un point de rupture et nous sommes convaincus que nous sommes actuellement à un point de basculement. Notre deuxième conviction est que nous vivons actuellement une effervescence démocratique qui émane de la société civile, celle-là même qu'on pensait apathique. C'est un phénomène jamais connu qui se traduit par la création aussi bien de civic tech que de nouveaux modes de participation à la vie collective ou de nouveaux partis politiques.

L'ouverture de la vie politique à de nouvelles formes d'expression et d'action est-il irréversible ?
C'est trop tôt pour le dire et nous vivons un moment charnière. Il y a d'un côté une aspiration très forte à s'investir dans la vie démocratique avec des "activistes de la démocratie" qui s'inscrivent dans la dynamique des modèles collaboratifs. Mais il ne faut pas verser dans l'angélisme.
Une enquête du Cevipof montrait en janvier 2015 que 48 % des Français estimaient qu'avoir un "homme fort qui n'a pas à se préoccuper du parlement ni des élections" serait une bonne forme de gouvernement pour la France. Il y a à la fois une soif de renouveau mais aussi la tentation des extrêmes et de l'autoritarisme.

Quelles innovations vous semblent être de nature à revitaliser la démocratie ?
Le numérique permet d'installer, dans l'intervalle des élections, de nouveaux espaces de collaborations entre élus et citoyens : dynamiques de co-écriture des programmes et de co-élaboration et crowdsourcing des lois. L'expertise est souvent plus réelle dans la société que dans les cabinets ministériels.
Parlement-et-citoyens.fr permet aux élus de mettre en consultation une proposition de loi. Ségolène Royal l'a utilisée, de même qu'Axelle Lemaire sur la loi République numérique : 20 000 contributions uniques et 14 nouveaux articles ont été introduits dont 5 proviennent exclusivement d'amendements citoyens.
Il y a aussi un mouvement très fort pour rééquilibrer les pouvoirs en faisant appel à des assemblées de citoyens tirés au sort. Cela permet, comme en Irlande par exemple, la légalisation du mariage pour tous, de déverrouiller le débat politique.

Le phénomène des civic tech est aussi en plein essor...
Oui et elles développent des services différents : meilleur accès à l'information (Voxe.org, Acropolis), mobilisation et plateformes de pétitions (change.org, wesign.it) ou encore des plateformes qui facilitent la mobilisation collective (fullmobs.org). Au sein de Démocratie ouverte, nous fédérons une quinzaine de projets mais, au niveau national, une soixantaine de projets est en cours. On peut aussi évoquer le collectif Ma Voix qui veut hacker l'assemblée nationale en juin 2017 et faire élire des anonymes ou encore laprimaire.org. Il y a un vrai mouvement de réoxygénation de la vie politique.

Biznext se déroulera le 14 novembre à Toulouse au Casino-Théâtre Barrière. L'entrée est libre sur inscription.

Elisa Lewis

Co-auteure avec Romain Slitine de Le coup d'État citoyen et vice-présidente du collectif Démocratie ouverte. Ce collectif fédère et anime une communauté de défricheurs politiques (chercheurs, porteurs de projet, élus et citoyens curieux) qui expérimentent et développent de nouvelles pratiques démocratiques au service du pouvoir d'agir des citoyens.

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