Santé : pour attirer les entreprises, Toulouse sort du "tout cancer"

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Benjamin Gandouet, directeur Oncopole et santé publique à Toulouse Métropole
Benjamin Gandouet, directeur Oncopole et santé publique à Toulouse Métropole (Crédits : Rémi Benoit)
Pour favoriser l'émergence de biotechs et attirer les chercheurs de renommée sur l'Oncopole, Toulouse met en place plusieurs stratégies et veut notamment sortir du "tout cancer". Lors du 1er Forum Santé Innovation le 25 septembre, les professionnels du secteur santé (chercheurs, élus, financeurs, promoteurs immobiliers) ont admis que Toulouse a tous les atouts en main pour devenir une ville reconnue mondialement dans le domaine de la santé dans quelques années.

"Il faut rester raisonnablement ambitieux." Alors que le professeur Christophe Cazaux souhaitait faire de l'Oncopole "l'un des 10 meilleurs centres au monde d'ici à 10 ans" dans la recherche contre le cancer, les professionnels de la santé à Toulouse se montrent prudents. Si l'Oncopole "n'a pas d'équivalent en Europe" selon Jean-Jacques Fournié, codirecteur de la fondation Toulouse Cancer Santé, un travail colossal est encore en cours pour lui donner de la visibilité sur la scène mondiale. Objectif : attirer les entreprises, les chercheurs et les biotechs.

Compétition mondiale

Dans une compétition mondialisée, l'Oncopole a vocation à être la vitrine de Toulouse.

"À l'échelon du mercato scientifique, c'est un véritable processus darwinien qui s'opère, assure Jean-Jacques Fournié. La compétition est permanente et mondiale, mais Toulouse n'est pas en retard."

Pour celui qui est aussi directeur du Centre de recherche en Cancérologie de Toulouse, l'Oncopole n'a pas à rougir de sa situation :

"Oxford et Cambridge sont reconnues mondialement. À la base, ce sont des villes universitaires, et Toulouse est la ville universitaire la plus attractive de France. Cela permet de faire venir ici des gens qui ont des idées et qui veulent tester des choses. C'est essentiel d'être un terroir où arrivent de nouvelles idées."

Pour attirer les chercheurs de renommée internationale, il faut "les travailler au corps" reconnaît Jean-Jacques Fournié, codirecteur de la fondation Toulouse Cancer Santé.

"Il faut proposer au chercheur de venir, présenter les capacités du site, les moyens, la manière de fonctionner. Le tissu local est important. Car un bon chercheur aime être entouré d'autres bons chercheurs ! À Toulouse, le processus est initié, la dynamique est là."

En témoigne la présence à Toulouse de Jean-Emmanuel Sarry. Ce chercheur à l'Inserm est venu de Philadelphie pour s'installer à Toulouse, en 2009. À l'époque, le projet de l'Oncopole le séduit : "la synergie privé / public, la personnalité des gens impliqués dans le projet m'ont convaincu de venir".

Pour Benjamin Gandouet, directeur Oncopole et santé publique à Toulouse Métropole, "chaque personne de l'Oncopole est ambassadeur du site. Chaque membre du site qui va à l'étranger doit vanter les atouts de Toulouse. C'est notre meilleure méthode de marketing territorial !"

Changement de cap pour l'Oncopole

Néanmoins, le "marketing territorial" passe aussi par des changements de fond au sein de l'Oncopole. Alors que l'oncologie est le fer de lance du site et son socle identitaire, Benjamin Gandouet évoque un "élargissement de l'assiette".

"Il ne s'agit pas de rentabiliser l'Oncopole, mais de coller à un principe de réalité. La réalité, c'est que l'espérance de vie est de plus en plus élevée et que la métropole attire 20 000 personnes chaque année. Par ailleurs, la métropole dispose d'un gérontopole, et le pôle Cancer-Bio-Santé traite désormais du vieillissement. Il faut valoriser ces outils."

"Afin d'être visibles et agiles par rapports à nos prospects scientifiques ou industriels, nous avons simplifié la gouvernance de l'Oncopole, poursuit Benjamin Gandouet. Le site doit être une sorte de guichet unique pour attirer les meilleurs compétiteurs."

Une fois les chercheurs, startups et industriels attirés, reste la question de leur implantation sur l'Oncopole et du soutien financier qui peut leur être apporté : "Nous sommes en train de réunir actuellement l'ensemble des acteurs qui financent et soutiennent l'innovation (l'État, Toulouse Métropole, la Région, Toulouse Cancer Santé, la Ligue contre le cancer, l'université, etc.) pour définir de manière concertée l'offre la plus lisible possible. À terme, nous devrions pouvoir proposer des appels à projets communs."

De son côté, Toulouse Cancer Santé prévoit déjà une nouvelle levée de fonds en 2016. La fondation propose ainsi des "packages financiers" pour convaincre les startups de rejoindre l'aventure.

Le difficile financement des biotechs

Une fois installées, tout n'est pas gagné pour les startups de la santé. Du côté du financement, c'est souvent la traversée du désert pour les jeunes entrepreneurs qui portent des projets de long terme. Laurent Cambus, délégué régional innovation BPI France Midi-Pyrénées affirme qu'en Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées, "sur 20 demandes de subventions, 10 aboutissent", et les biotechs représentent 20 % des interventions de BPI.

Pascale Bouillé, vice présidente de Biomedical-Alliance et fondatrice de Vectalys, témoigne de la difficulté des biotechs à se financer :

"Vectalys vient de terminer une levée de fonds de 1 million d'euros, qui a été en deçà de ce que nous espérions. Une biotech est plus longue à développer qu'une startup du numérique, mais les financeurs obéissent aux mêmes règles et aux mêmes objectifs que dans le numérique."

Par ailleurs, Pascale Bouillé relève une deuxième difficulté : "les startups qui démarrent sont aidées mais les entreprises qui ont 10 ans comme Vectalys ne le sont plus, même si elles innovent. Donc, il faut créer une spin-off pour pouvoir toucher des subventions et développer notre innovation !"

L'entrepreneure pointe également la méconnaissance du secteur et appelle de ses vœux la création de fonds spécialisés "qui connaissent le secteur de la santé et savent évaluer la pertinence de nos projets".

Par ailleurs, Benjamin Gandouet a annoncé une réflexion en cours sur le Centre Pierre Potier, qui "s'adosserait à un hôtel d'entreprises du Bioparc Sanofi".

"Cela permettrait de disposer d'un panorama complet de réponses au développement des entreprises de l'innovation : pépinière, puis accueil en hôtel d'entreprises, puis laboratoires propres"

"Rester humble"

Sur les perspectives de l'Oncopole, "il faut rester raisonnablement ambitieux", estime  Jean-Jacques Fournié, codirecteur de la fondation Toulouse Cancer Santé. "Aux États-Unis, les centres de santé sont de taille 4 à 5 fois supérieurs aux plus grands centres européens."

Le directeur du CHU de Toulouse Jaques Léglise affirme que "bâtir des organisations et créer des synergies est un travail de longue haleine. Nous avons un travail de fourmi devant nous. Il faut rester humble et se remettre en question régulièrement."

Une position que partage le chercheur Jean-Emmanuel Sarry :

"Être parmi les meilleurs mondiaux dans 10 ans, ce n'est pas possible. L'Oncopole peut être le meilleur centre du Sud dans 5 ans, le meilleur de France dans 10 ans, le meilleur d'Europe dans 20 ans et le meilleur du monde dans 30 ans."

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