COP 21 : à Toulouse, les experts expliquent pourquoi il est urgent d'agir

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Romain Tales, responsable du recensement des données publiques à Etalab, participait aux disucssions
Romain Tales, responsable du recensement des données publiques à Etalab, participait aux disucssions (Crédits : Rémi Benoit)
À quelques semaines de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris, les enjeux environnementaux touchent aujourd'hui l'ensemble de la société. C'est le message des experts réunis ce matin à Toulouse lors du Forum Climat COP21 à l'initiative de La Tribune-Objectif News. Pour trouver les solutions nécessaires pour s'adapter et réduire des émissions de gaz à effet de serre, toutes les énergies devront être mobilisées.

"97 % des scientifiques en sont convaincus, le changement climatique est dû à l'activité humaine", assure Christophe Cassou, climatologue au CNRS-Cerfacs à Toulouse. Depuis le début du XXe siècle, la température moyenne de la planète a ainsi augmenté de 0,85°C. "Un chiffre qui peut paraître faible mais la différence entre une période glaciaire et une période interglaciaire est seulement de 5°C", rappelle le climatologue.

Ce changement climatique n'est pas homogène mais concerne l'ensemble des sociétés humaines. Il est davantage perceptible dans certaines zones, notamment aux pôles.

"Il est multiplié par deux aux latitudes polaires, où les équilibres sont subtils. Il y a même des zones qui se refroidissent, les zones préférées des climatosceptiques. Mais cela s'explique très bien d'un point de vue physique et ne remet pas en cause le réchauffement."

Aujourd'hui, les scientifiques avancent deux scénarios opposés pour expliquer les conséquences concrètes de ce changement climatique : une augmentation de la température globale de 2°C, objectif affiché de la COP21, et un scénario du laisser-faire. Ce dernier entraînerait une élévation de la température de 5 à 6° en une centaine d'années, contre 10 000 ans selon les fluctuations normales du climat.

Multiplier les observations pour mieux anticiper

Pour respecter le scénario d'une hausse limitée à + 2°C, "il est important de tirer le signal d'alarme", insiste Pascale Ultré-Guérard, responsable du programme "Terre, Environnement, Climat" au Cnes, étudie de près le niveau des océans, les nuages et aérosols, la déforestation à l'aide de satellites. Il faudrait en effet diviser les émissions de gaz à effet de serre (GES) par 4 d'ici à 2050.

Des émissions que l'équipe de Pascale Ultré-Guérard souhaite mesurer depuis l'espace.

"Les États-Unis ont des projets avancés. L'Europe est un peu absente pour le moment. C'est un de nos prochains défis et nous travaillons dessus. Par ailleurs, nous nous intéressons à la problématique de la ressource en eau. Le satellite Swot (Surface Water Ocean Topography), développé avec la Nasa, permettra d'observer à la fois les océans et l'eau continentale."

Les études menées par les différents organismes sont primordiales dans l'observation et la compréhension des phénomènes liés au changement climatique. À l'image de Christophe Cassou et Pascale Ultré-Guérard, Philippe Dandin, directeur adjoint scientifique du Centre national de recherche météorologiques (CNRM) à Météo-France, collecte un grand nombre de données, notamment grâce aux services climatiques de l'établissement public.

"Les services climatiques sont une complexification des services météorologiques, sur une échelle temporelle plus longue. C'est un sujet qui suppose de faire de la prospective à partir des grandes quantités de donnés que nous enregistrons", explique le scientifique toulousain.

Philippe Dandin insiste sur la pédagogie nécessaire à la prise de conscience du changement climatique. "Si je vous dis que, demain, il fera 2°C de plus, tout le monde signe. Les changements induits sont des choses insensibles et imperceptibles pour les gens. Il faut un vrai travail de formation et d'information." Les conséquences seraient en effet énormes dans de nombreux secteurs : agriculture, énergie, ressource en eau...

Météo-France est ainsi sollicitée par de nombreux acteurs, qu'il s'agisse de collectivités ou d'industriels. "Nos observations ont des applications précieuses car elles concernent le long terme."

Quelles solutions pour un scénario optimiste ?

Pour respecter le scénario d'une augmentation de 2°C, tous les experts s'accordent à dire qu'il est essentiel de mobiliser l'ensemble des acteurs. "Le succès de cette COP sera dans la mobilisation de la société à tous les niveaux pour porter cette conférence et essayer de trouver un accord", explique ainsi l'expert du CNRS-Cerfacs Christophe Cassou.

Un avis partagé par Romain Tales, responsable du recensement des données publiques à Etalab. L'idée de cette mission est en effet de "collecter les données publiques et les mettre à disposition de l'ensemble des citoyens mobilisés sur différentes thématiques."

"On ne trouvera pas de réponses seuls. Il faut fédérer les écosystèmes, qui ont des compétences métiers, mais qui ont besoin de terreau. Et ce terreau, ce sont les données publiques."

Celui qui est aussi à l'origine du Climate Change Challenge insiste : "le travail collaboratif permet d'être plus réactif, en cas de catastrophes par exemple." Romain Tales en est persuadé, pour trouver des solutions, il faut partir de la vision commune en matière de changement climatique pour identifier les grands sujets et donc les grands défis. Pour illustrer cela, il met en avant différentes initiatives : OpenStreetMap, Place2Be, Alternatiba, le Train du Climat.

La COP21, seulement un début ?

"Le Train du Climat est né ici, rappelle Christophe Cassou. Il y a à Toulouse cette dynamique de sciences, de connaissances, de partage de connaissances. C'est essentiel dans la recherche d'initiatives et de solutions, et c'est le cas sur la question du climat." Malgré cet enthousiasme, le spécialiste du CNRS-Cerfacs rappelle que la balle n'est pas seulement dans les mains des scientifiques. "Ce sont aujourd'hui des enjeux démocratiques, de société", insiste-t-il.

Et Philippe Dandin d'ajouter : "On ne fait que commencer. C'est un défi extrêmement important. Nous avons besoin de vous. À Noël, rien ne sera réglé. Nous avons besoin d'inventer, d'inventer des solutions, de livrer la science à l'extérieur."

"Le climat de 2030 2040 se décide aujourd'hui", conclut Christophe Cassou avant de citer l'historien du CNRS Jean-Baptiste Fressoz évoquant le concept d'anthropocène proposé par le climatologue néerlandais Paul Crutzen. "Selon lui, l'Homme n'est pas le principal moteur de l'évolution de la Terre, mais seulement les pays fortement émetteurs de gaz à effet de serre. On devrait parler de capitalocène."

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