Une Toulousaine crée des vêtements écologiques et 100% traçables

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Les étapes de la teinture, du tricotage et de la confection du lin sont réalisées dans des usines portugaises.
Les étapes de la teinture, du tricotage et de la confection du lin sont réalisées dans des usines portugaises. (Crédits : Emmanuelle B. Photographie)
À Toulouse, Myriam Underwood a créé en février 2014 sa propre marque de vêtements "Juste, la Révolution Textile". Son pari : des vêtements écologiques et 100% traçables, pour recréer une confiance entre les vendeurs et les acheteurs.

En provenance de Paris, Myriam Underwood est arrivée à Toulouse en 2011. Alors chef de produit dans le prêt-à-porter, elle se rend compte que le marché des boutiques "éthiques" est très peu fourni :

"Dans les magasins, nous trouvons surtout des collections en coton bio et en coton 'made in France'. Mais pour moi le coton n'est ni écologique, ni traçable, ni made in France, car il est créé dans des pays étrangers, très limités en droit social. Je cherchais une marque cohérente qui alliait traçabilité, écologie et local. J'ai finalement réalisé que je pouvais créer moi-même ma propre marque."

Avec sa marque Juste, la Révolution Textile (dont le siège social est à Roquettes en Haute-Garonne), Myriam Underwood souhaite recréer, entre les acheteurs et les vendeurs, un lien de confiance qui passe selon elle par une transparence totale des produits vendus : "Aujourd'hui, nous voulons des aliments traçables, mais on ne se pose pas la question des vêtements. Il est important de savoir d'où viennent les vêtements que nous portons tous les jours, comment ils ont été créés, et les éléments chimiques qui entrent en jeu. Mais aujourd'hui, nous ne pouvons connaître ces éléments que grâce à une vraie relation avec les vendeurs et les fournisseurs".

Des matières 100 % traçables

Pour chacun de ses vêtements, Myriam Underwood dévoile les origines des matières utilisées, les composants du vêtements, toutes les étapes du processus de fabrication, l'identité des fournisseurs, ainsi que les produits chimiques (certifiés) qui y sont ajoutés.

Mais si l'intention est louable, en pratique, la recherche de fournisseurs acceptant une totale transparence s'est révélée plus complexe que prévue. Myriam Underwood explique qu'elle a dû "travailler à l'envers" : au lieu de choisir des matières et de tenter de les tracer, elle a cherché quelles matières étaient traçables et les a choisies pour confectionner ses vêtements. Les deux matières les plus traçables en France ce sont révélées être le lin et la laine.

Juste, la révolution textile

Filature du lin ©Linificio e Canapificio Nazionale

Le coût élevé du "made in France"

En plus de la transparence complète des composants de ses vêtements, Myriam Underwood souhaitait que chaque pièce de sa collection soit entièrement créée en France. Un défi compliqué à réaliser, notamment en termes de coûts. Pour sa collection de 2015, composée de 1000 pièces, la jeune femme a dû débourser près de 12 000 euros pour la création de 6 prototypes. En 2016, Myriam Underwood a choisi de ne plus créer de vêtements en laine et de confier certaines étapes de la création de ses vêtements en lin à une usine portugaise, ce qui lui a permis de réduire le coût de création des prototypes à 500 euros.

"Au début je voulais rester locale, mais je suis obligée de faire des concessions. Des usines portugaises sont désormais chargées de la teinture, du tricotage et de la confection des vêtements. Mais si mes vêtements ne sont plus made in France, ils restent entièrement traçables et écologiques, car mes fournisseurs sont tous labellisés Oeko-Tex (label visant à garantir les qualités humano-écologiques des textiles, NDLR)."

Des prix transparents

Juste, la révolution textile

La répartition du prix des produits répond également au principe de transparence de la startup. ©Juste, la révolution textile.

Toujours dans l'esprit d'être la plus transparente possible, les prix (entre 42 euros pour une écharpe et 119 euros pour un pull en lin) sont également détaillés :

  • 44 % du prix de chaque pièce constitue les purs coûts de fabrication du produit
  • 16 % vont à la création et au développement des prototypes (frais de stylisme, de modélisme et d'essayage)
  • 12 % sont utilisés pour faire fonctionner la société (comptabilité et charges sociales)
  • 8 % servent à sa commercialisation (frais de shooting, d'emballage,...)

Enfin, les 20 % restants sont dédiés à la TVA.

Un chiffre d'affaires doublé pour 2016

Pour sa collection hiver 2016, créée en partie au Portugal, la jeune femme compte bien doubler son chiffre d'affaires, pour le faire passer de 40 000 euros en 2015 à 80 000 euros en 2016. 2 000 pièces, toutes en lin, seront produites et revendues sur son site de vente en ligne, mais également dans une vingtaine de boutiques à Paris et en province. Myriam Underwood a pour objectif final d'ouvrir sa propre boutique pour y exposer ses collections.

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Commentaires
a écrit le 01/09/2016 à 16:02 :
Ne vous inquiétez pas on se doute que tout ceci a du être extrêmement compliqué à mettre en pratique, vous vous êtes juste confrontée à la réalité dramatique de notre système économique dans laquelle on ne peut pas faire ce que l'on veut, comme on veut et où on veut.

Mais franchement déjà vous en avez fait beaucoup, j'espère que d'autres vous suivront dans cette voie parce que la réalité de la sous traitance de nos vêtements est une véritable horreur, j'ai mis plusieurs fois ce lien pour s'en rendre compte, je le remets ici car jamais il n'aura été aussi bien placé:

"Au Bangladesh, les meurtriers du prêt-à-porter" https://www.monde-diplomatique.fr/2013/06/CYRAN/49152 (abonnés ou payant)

Donc vous voyez même si vous avez du faire des concessions, vous faites quand même une sacré bonne action, merci à vous.

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