Sommet économique du Grand Sud : la Silicon Valley comme modèle

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Fabrice Brégier, directeur général délégué d'Airbus, au micro lors de la 3e table ronde
Fabrice Brégier, directeur général délégué d'Airbus, au micro lors de la 3e table ronde
L'axe Bordeaux-Toulouse-Montpellier serait-il la nouvelle Silicon Valley de l'Europe ? La troisième et dernière table ronde du Sommet économique du Grand sud, organisée jeudi 3 novembre à Toulouse, abordait les atouts et l'attractivité des trois régions du Grand Sud : Aquitaine, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. En présence des différents acteurs économiques et politiques du Grand sud, deux économistes Olivier Torrès et Emmanuelle Auriol animaient le débat.

Le Grand Sud n'est peut-être pas la Silicon Valley de l'Europe mais il n'a pas à rougir. Par rapport aux 6.000 entreprises de haute-technologie concentrées sur cette zone de la Californie, il est vrai que la comparaison peut sembler présomptueuse. « On n'est pas la Silicon Valley », répond d'entrée Emmanuelle Auriol, économiste à la Toulouse School of Economics (TSE). Et pourtant, l'axe Bordeaux-Toulouse-Montpellier présente certains atouts comparables : une zone très attractive en termes de flux migratoires et un pôle de compétitivité autour de l'aéronautique et du spatial.

Avec un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros, Airbus est ainsi l'une des rares entreprises de cette taille à avoir son siège social en dehors de Paris. « Tom Enders est attaché à ce que le siège de l'entreprise reste à Toulouse », confie Fabrice Brégier, directeur général délégué d'Airbus. Comme Bordeaux qui bénéficie à l'international de la notoriété de son vin, Toulouse est identifiée à Airbus. « Toulouse a la chance d'être connue par rapport à l'aéronautique », confirme Pierre Cohen, maire de Toulouse. Fabrice Brégier, également membre du comité exécutif d'EADS, assure entretenir « d'excellentes relations » avec le président du Grand Toulouse et l'ensemble des acteurs régionaux. « Les élus voient ce que nous apportons à l'économie et constatent que notre activité est ancrée sur le long terme, explique le directeur général délégué d'Airbus. Quand nous ouvrons la chaîne d'assemblage de l'A320 en Chine, nous faisons appel à nos partenaires historiques comme la STTS (Société toulousaine des traitements de surface), par exemple ».

L'aéronautique est loin d'être l'unique atout du Grand Sud. L'agroalimentaire et l'industrie pharmaceutique font aussi partie des secteurs clés, insiste l'économiste Jean-Luc Proutat. « Notre balance commerciale est déficitaire, sauf sur les trois pôles que je viens de citer, précise-t-il. D'où l'importance de trouver des pôles de compétitivité ».

Pour Josy Reiffers, adjoint à la mairie de Bordeaux en charge du développement économique, certains clichés ont encore la vie dure : « On résume Bordeaux à la vigne et au soleil. Mais si les gens viennent s'installer ici, c'est d'abord parce qu'ils savent qu'ils seront bien soignés, que leurs enfants y feront de bonnes études ou que des grands projets d'infrastructure sont en cours... » Une position confirmée par Marc Prikazsky, PDG du groupe CEVA, spécialisé dans la santé animale et dont le siège est à Libourne (Gironde). « Il y a dix ans, il était extrêmement difficile de faire venir des Parisiens ici, assure Marc Prikazsky. Aujourd'hui, c'est plus facile de faire venir des gens du Nord que des Bordelais ! »

Des techniques marketing

Les Parisiens ne sont pas les seuls à être attirés par le Sud-Ouest. Mohed Altrad, né en Syrie dans une tribu nomade, a fait de la région montpelliéraine sa terre d'adoption. Le dirigeant du groupe Altrad, numéro un mondial de la bétonnière est même devenu en 2011 l'actionnaire principal du Montpellier Hérault Rugby : « Pendant longtemps, je n'ai pas pu renvoyer l'ascenseur à ma région. Là, j'ai pu donner un coup de main au club de rugby qui a pu atteindre l'année dernière pour la première fois de son histoire la finale du Top 14 ».

Et pour vanter les mérites du ce territoire qui va de l'Atlantique à la Méditerranée, certains n'hésitent pas à utiliser les techniques de marketing chères aux entreprises. Les Maisons du Languedoc-Roussillon, présentes notamment à New York ou Shanghai, servent ainsi à promouvoir la région dans le monde. « C'est un outil de développement et un moyen de mettre en valeur nos points forts », indique Françoise Dumas, vice-présidente du Conseil régional du Languedoc-Roussillon. En ce sens, le concept du Grand Sud permettrait de mutualiser la politique de promotion des régions.

Certains sont d'ailleurs déjà prêts à voir dans cet axe Bordeaux-Toulouse-Montpellier la forme d'une banane, en référence à la « Banane bleue » qui désigne la mégalopole européenne allant de Londres à Milan, en passant par Paris. Nous n'en sommes pas encore là... Selon Sébastien Massart, représentant l'Etat par l'intermédiaire de Direccte, ces trois régions sont performantes en termes de créations d'entreprises mais « ne parviennent pas à transformer l'essai » par la valorisation de l'innovation produite pour constituer par la suite de grandes entreprises.

Alors que manque-t-il pour que ces trois régions voient leur attractivité renforcée ? « Il nous manque un peu de temps, mais nos territoires sont dynamiques » répond Josy Reiffers, l'adjoint à la mairie de Bordeaux. « Je ne pense pas qu'on serait davantage soutenu dans un autre pays, avance Fabrice Brégier, pour Airbus. Une décision prise à Hambourg ou Toulouse, c'est pareil. Le problème est dans la parité euro-dollar ». Et que pensent-ils d'une gouvernance commune au sein des trois régions ? « On perdrait alors cinq ans à choisir le siège de la région entre Toulouse, Montpellier et Bordeaux... », ironise Fabrice Brégier.

Hugues-Olivier Dumez

En photo : Fabrice Brégier lors du troisième table ronde consacrée à l'international (Rémi Benoit / David Bécus)

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