Comment la Safer veut dynamiser l'agriculture régionale

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Des terres agricoles dans le Gers
Des terres agricoles dans le Gers (Crédits : Rémi Benoit)
Secteur économique fort dans la région, l'agriculture voit cependant chaque année le nombre d'agriculteurs diminuer. Pour préserver des exploitations familiales de taille raisonnable, favoriser l'installation des jeunes et soutenir les filières en Occitanie, les Safer veulent continuer à peser.

Alors que le nombre d'agriculteurs est en baisse constante, les Safer (Société d'aménagement foncier et d'établissement rural, NDLR) jouent un rôle important dans les installations de nouveaux exploitants. Un éléments essentiel pour maintenir la compétitivité d'un secteur dont l'activité - agriculture et agroalimentaire - représente aujourd'hui 13,7 milliards d'euros à l'échelle régionale. On compte actuellement 74 530 exploitations agricoles en Occitanie.

Sous le contrôle des ministères de l'Agriculture et des Finances, les Safer sont une sorte d'outil de contrôle et de régulation du foncier agricole. "La Safer s'appuie sur une observation privilégié du territoire", confirme Michel Baylac, président de la Safer Gascogne Haut-Languedoc (GHL), qui regroupe l'Ariège, le Gers, la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées. En effet, au-delà de 25 ares, tout sous-seing privé (acte établi entre particuliers sans l'intervention d'un notaire par exemple, NDLR) est notifié aux Safer. Au travers de leur outil Vigifoncier, elles peuvent également informer les communes des transactions de terrain.

Maîtriser le foncier pour permettre l'installation

"Tout cela nous permet de voir s'il y a des abus en termes de prix ou un trop grande concentration de terrains par des sociétés privés", explique Michel Baylac, par ailleurs président de l'Association européenne des institutions d'aménagement rural (AEIAR).

"Si on n'a pas d'observation foncière, c'est la porte ouverte à une dérégulation totale du marché qui empêche les jeunes agriculteurs de s'installer", ajoute le propriétaire du Domaine Grand Comté, dans le Gers.

Selon lui, il faut "maintenir un prix qui a une relation avec la valeur économique du terrain afin que les jeunes puissent acquérir. Qu'il n'y ait pas de spéculation." En 2015, les prix du foncier agricole libre de fermage ont progressé entre 2 % et 9 % selon les départements de la Safer GHL.

La loi Sapin II a renforcé les prérogatives des Safer en leur permettant, entre autres, d'acquérir des exploitations ou des terrains dans le but de les rétrocéder ou d'acquérir des parts de sociétés ayant pour objet l'exploitation agricole. Aujourd'hui, "45 % des terres libérées par la Safer vont à l'installation", insiste Michel Baylac. La Safer GHL se réjouit par ailleurs de voir que le marché des terrains agricoles et naturels destinés à plus ou moins brève échéance à quitter la vocation agricole "est resté contenu à un régime largement inférieur à la moyenne des 10 dernières années".

Quel modèle pour l'agriculture régionale ?

Aujourd'hui, dans la région, l'enjeu est de regrouper les trois Safer régionales sous une entité unique. La fusion entre la Safalt (Aveyron, Lot, Tarn et Tarn-et-Garonne), la Safer Haut-Languedoc et la Safer Languedoc-Roussillon doit avoir lieu début avril 2016. "L'idée est d'avoir une Safer régionale adossée au Conseil régional pour peser", développe Michel Baylac.

"La Safer défend une agriculture familiale et nous luttons contre l'agriculture de firme. Nous voulons garantir un modèle de société rurale moderne."

La Région a prévu un volet agriculture dans sa Stratégie pour la croissance et l'emploi. Une initiative dont se réjouit Michel Baylac, qui pointe différents éléments pouvant permettre de dynamiser la filière agricole. "Carole Delga n'a pas omis de consulter les filières car elle est consciente des possibilités. Aujourd'hui, il faut mettre en avant les filières de qualité, s'adosser à des labels, sans oublier les grandes cultures." Selon le président de la Safer GHL, l'installation d'un agriculteur génère de nombreux emplois. "Il faut donc mettre de la valeur ajoutée sur le territoire, faciliter l'innovation, sans oublier l'humain", assure-t-il.

Autre solution avancée par Michel Baylac, les contrats passés entre les agriculteurs et les industriels, à l'image de Natais ou Nutrition et Santé. "Ces partenariats de proximité sont intéressants pour les agriculteurs et l'économie régionale."

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Commentaires
a écrit le 21/12/2016 à 22:20 :
Oui ou comment la SAFER préempte des terres qui allaient être vendues à un prix entendu, pour les revendre, aux mêmes personnes, plus chères, plusieurs mois après ... écoeuré de telles pratiques.
a écrit le 21/12/2016 à 9:27 :
"Agriculture familiale vs agriculture de firme" est un peu réducteur comme vision. Au sein des agricultures familiales, il y a plusieurs situations et la SAFER n'a pas toujours empêché que les gros exploitants soient privilégiés aux dépends de jeunes agriculteurs qui démarrent ou de petits exploitants. Au delà des mots, quels sont les objectifs que l''on souhaite avoir en matière d'agriculture. Veut-on réellement développer une agriculture vivrière et diversifiée ? S'en donne-t-on les moyens ?

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