Marc Lemonnier, fondateur d'Antabio et dompteur de bactéries

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(Crédits : Rémi Benoit)
Président de la biotech toulousaine Antabio, Marc Lemonnier est aujourd'hui en pleine levée de fonds pour accélérer le développement de ses recherches. Ce grand spécialiste des bactéries œuvre par ailleurs à l'émergence d'une filière "bactérie" à Toulouse. Portrait d'un chercheur-entrepreneur qui innove.

"J'avais une responsabilité morale, presque civique, de le faire." Pour Marc Lemonnier, chercheur en microbiologie et biotechnologie passé par les États-Unis, l'idée de créer en 2009 une biotech consacrée à la lutte contre l'antibiorésistance était une évidence. Diplômé d'un doctorat en microbiologie et biotechnologie de l'Université Toulouse Paul-Sabatier, ce Toulousain est un spécialiste des bactéries. "J'ai fait ma thèse sur la résistance et la virulence des bactéries", précise-t-il.

Une thèse menée sous la direction de David Lane, un chercheur néo-zélandais du CNRS. Leur première collaboration au cours d'un stage de DEA avait permis à David Lane de se faire une très bonne opinion de l'étudiant. "J'étais impressionné par son ouverture aux nouveautés, son enthousiasme et sa volonté d'aller vers l'inconnu, de prendre des risques." Bénéficiaire d'une bourse pour effectuer sa thèse, Marc Lemonnier a finalement intégré l'équipe du chercheur néo-zélandais.

"C'était mon premier étudiant en thèse, au début des années 90. Il voyait l'essentiel des questions posées par un sujet de recherche très rapidement même s'il était moins fort dans l'analyse fine. On sentait cependant qu'il avait de l'avenir", décrypte David Lane.

Pourtant, le choix de la bactériologie est "un hasard complet, concède Marc Lemonnier. J'aimais la biologie et le labo de microbiologie était en pointe à Toulouse." Aujourd'hui, c'est un domaine qui le passionne. "Les bactéries sont les premiers habitants de la Terre. Elles évoluent, elles s'adaptent. De la même façon que je les aime, je les combats. S'il y avait un zoo des bactéries, je serai le gardien", aime-t-il caricaturer.

Après sa thèse, il poursuit ses recherches en post-doc à Madrid puis à l'Inserm. C'est alors que la fibre entrepreneuriale se réveille. "Je suis issu d'une famille d'entrepreneurs et de commerciaux. Avec mon profil scientifique, j'étais un peu un intrus", plaisante aujourd'hui Marc Lemonnier, convaincu à l'époque par son réseau toulousain de venir créer son entreprise dans la Ville rose, après deux années passées à New York. "J'avais dans l'idée de monter ma boîte et j'ai reçu un soutien très fort de la Région et de Oséo (aujourd'hui BPIFrance)."

Un chercheur entrepreneur

Il s'associe avec Aymeric Dugray pour fonder Antabio, bénéficie de l'aide de l'Incubateur Midi-Pyrénées et s'installe ensuite à Prologue Biotech. La biotech développe des molécules qui inhibent la résistance des bactéries pour redonner de l'efficacité aux antibiotiques. Passionné, Marc Lemonnier consacre l'essentiel de son temps à son entreprise, tout en restant au plus près des avancées scientifiques d'Antabio.

"On dort très peu mais c'est très enthousiasmant. On se lève le matin en se disant qu'on va sauver des vies. C'est à la fois un grand plaisir et une grosse responsabilité. Je touche à tellement de choses : sciences, médecine, économie, réglementation. Je ne m'ennuie pas."

Un profil d'entrepreneur confirmé par Liberto Yubero, président du pôle Cancer-Bio-Santé. Les deux hommes ont travaillé ensemble à l'avènement de l'événement Bac Tou Bac en décembre dernier. Selon lui, le fondateur d'Antabio "a le profil de l'entrepreneur tel qu'on l'imagine. Il est focalisé sur le développement de son entreprise notamment à travers le réseau qu'il tisse dans le cadre de son travail". Une analyse partagée par son ancien directeur de thèse, David Lane. "Ses talents sont bien utilisés dans sa startup. C'est un environnement qui lui convient car c'est un initiateur."

Plus que l'envie d'entreprendre, c'est surtout la volonté de développer des médicaments qui a poussé Marc Lemonnier à fonder Antabio. "La recherche fondamentale a un rôle primordial pour faire des avancées et découvrir de nouvelles pistes, explique-t-il. Mais il y a un fossé entre la recherche fondamentale et l'industrie pharmaceutique. En plus, les big pharma sont peu présentes sur les antibiotiques. C'est pour ça que j'ai fait ce choix-là."

Aujourd'hui, Antabio est "dans une excellente phase. Nous faisons beaucoup de découverte. Il faut profiter du momentum", reconnaît Marc Lemonnier. Désignée biotech la plus innovante d'Europe à Biovision 2016 et lauréate de Biznext 2016, Antabio cherche à lever 7 M€ pour accélérer le passage aux tests en phase pré-clinique. Elle s'intéresse à deux marchés : les maladies nosocomiales et les infections chroniques chez les patients atteints de mucoviscidose. "Les recherches les plus avancées seront en preuve de concept en 2019. Nous envisagerons alors un deuxième tour de table ou une éventuelle entrée en bourse."

La thématique traitée par Antabio est en plein dans l'actualité. L'antibiorésistance est aujourd'hui une priorité mondiale en matière de santé, une "menace fondamentale", selon l'ONU, qui estime que les infections pourraient tuer jusqu'à 10 millions de personnes par an en 2050. L'usage intensif des antibiotiques dans l'agroalimentaire comme pour la santé humaine a créé de nombreuses résistances. Même si la situation est critique, Marc Lemonnier n'est pas défaitiste.

"Je suis un optimiste tragique, affirme-t-il. Nous allons traverser des années difficiles. Mais c'est à ce prix-là que nous allons aboutir à la solution. Sur la question scientifique, on va trouver la solution. Mais il faut une prise de conscience car c'est une question environnementale. Et il faut trouver le modèle économique qui convient. Traditionnellement, les antibiotiques ne sont pas chers mais il faut qu'ils aient une valeur qui correspond à la valeur sociétale. "

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