Yann Barbaux, directeur de l’innovation d’Airbus, invité des Trophées de l’Aéronautique

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Yann Barbaux, directeur de l'innovation d'Airbus
Yann Barbaux, directeur de l'innovation d'Airbus (Crédits : Airbus)
Yann Barbaux, directeur de l'innovation d'Airbus, s'adressera jeudi prochain à 300 décideurs du secteur aéronautique réunis à Toulouse à l'occasion des Trophées de l'Aéronautique. Il y exposera sa stratégie en matière d'open innovation, que ce soit avec des startups (via le Bizlab), des PME fournisseurs ("startup to partners") ou des compagnies aériennes clientes. Interview.

Fabrice Brégier vous a nommé en 2013 avec une mission : apporter de l'agilité chez Airbus, notamment en matière d'innovation. Pourquoi est-ce important ?

C'est important parce que le monde change. Airbus a toujours été une entreprise innovante. D'ailleurs elle est, aux yeux de nos clients, plus innovante que Boeing. Il ne s'agit donc pas d'insuffler de l'innovation chez Airbus, mais de sortir d'une innovation limitée à la pure technologie. Airbus doit s'adapter aux évolutions du monde : l'arrivée du digital dans l'industrie, un marché bousculé par des acteurs comme Comac et Bombardier, des compagnies aériennes davantage demandeuses de customisation et de sur mesure, et une part de plus en plus importante de loueurs dans notre portefeuille de clients. Airbus est devenue une grande entreprise parfois un peu "coincée" dans ses process. Nous devons être capables de répondre plus rapidement, il fallait retrouver de l'agilité.

Qu'avez-vous mis en place pour qu'Airbus puisse capter les innovations de l'extérieur ?

Depuis 2013 j'ai mis en place plusieurs initiatives, que ce soit en interne ou vers l'extérieur. En ce qui concerne "l'extérieur", il y a en premier lieu le BizLab, un incubateur qui héberge des projets internes à Airbus et des startups en early stage venant de l'extérieur. Pour les collaborateurs d'Airbus, travailler avec des startups est très nouveau. Cela n'a pas été évident au début, mais nous commençons à prendre un rythme de croisière, il ne faut pas que ça s'essouffle, même si la compétition est grande entre tous les incubateurs français. Il s'agit vraiment d'apporter une "culture startup" dans Airbus.

Nous avons aussi mis en place le dispositif "startup to partners", qui vise les startups plus matures ou les PME. Nous nouons des partenariats avec les entreprises qui ont des technologies qui nous intéressent et nous les accompagnons pour qu'elles deviennent à terme des fournisseurs solides et fiables. À l'heure actuelle, 15 collaborations de ce type sont en cours, et deux se sont véritablement contractualisées.

Et puis nous travaillons de plus en plus en co-innovation avec les compagnies aériennes clientes. Nous testons avec elles des idées et des prototypes parfois très sommaires, mais cela nous permet de connaître le marché de manière plus intime, d'améliorer nos connaissances du marché aérien du point de vue de leurs opérateurs.

Avez-vous le sentiment que tout ce que vous avez mis en place est efficace ?

On apprend en marchant et les changements de culture ne sont font pas en quelques mois. Ça prend du temps, il faut convaincre. Mais nous commençons à avoir des exemples concrets qui prouvent qu'en ayant des approches différentes, on peut avoir des temps et des coûts de développement réduits, mais aussi des idées plus risquées et qui apportent plus de valeur. Tout le monde le constate : ça bouge en termes de culture et de manières de travailler! Il y a une mobilisation importante du top management pour faire passer le message. Mais bien sûr, j'aimerais que ça aille encore plus vite !

Qu'est-ce qui bloque ?

La principale difficulté aujourd'hui, en période de croissance industrielle, est de faire passer le message qu'il faut prendre des risques. Une société comme Airbus, numéro un de son secteur et leader mondial, a moins le goût du risque qu'une startup. Il faut faire comprendre que le risque ne signifie pas faire n'importe quoi, mais que la prise de risque contrôlée peut rapporter énormément.

Lors des Trophées de l'Aéronautique, le 13 octobre à Toulouse, vous allez vous exprimer devant un public composé de startups et chefs d'entreprise de la supply chain aéronautique. Quel message allez-vous leur passer ?

Le message est qu'Airbus s'ouvre aux idées venant de l'extérieur, notamment dans le domaine du digital. Nous sommes désormais mieux préparés pour nouer des partenariats responsables et respectueux avec d'autres entreprises. Airbus n'est pas le grand méchant loup qui rachète toutes les startups pour s'approprier leurs technologies !

La 4e édition des Trophées de l'Aéronautique se déroulera le 13 octobre à Toulouse à partir de 19h. Plusieurs entreprises et manageurs de la supply chain aéronautique française seront distingués. La soirée se terminera par un cocktail.
Inscriptions ici.

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