Trophées de l'Aéronautique : comment les PME et ETI françaises captent les opportunités d'un secteur florissant

 |   |  1039  mots
© Photo Rémi Benoit
© Photo Rémi Benoit
La 2e édition des Trophées de l'Aéronautique, organisée hier 13 novembre au Delivery Center d'Airbus, à Colomiers, a réuni plus de 400 décideurs politiques et économiques. Cet événement, organisé par Objectif News en partenariat avec La Tribune et Objectif Aquitaine, a permis aux sous-traitants de la filière aéronautique de débattre des opportunités nées de la croissance du secteur. Morceaux choisis.

 "Récompenser les champions, c'est mettre sur le devant de la scène des acteurs que l'on ne voit pas souvent. Des hommes et des femmes qui incarnent le tissu industriel", s'est réjouit Jean-Christophe Tortora, président du Groupe Hima et président de La Tribune. C'est dans l'enceinte du prestigieux Delivery Center d'Airbus, à Colomiers, qu'a eu lieu hier soir la deuxième édition des Trophées de l'Aéronautique, sous l'œil complice de deux légendes des airs, disposées sur le tarmac : un Concorde et un A330.

Un symbole fort que n'a pas manqué de relever Patrick Piedrafita, président d'Airbus Opérations SAS. "Cet avion, c'est à 70 % vous qui le faites", a-t-il rappelé à ses sous-traitants présents dans la salle. Avant d'ajouter : "Notre enjeu est de garder une supply chain robuste et compétitive. Nous devons conserver un temps d'innovation d'avance. Car notre force, c'est l'innovation." Un enthousiasme partagé par Fernando Alonso, responsable des essais en vols et d'intégration d'Airbus. "Quelle chance nous avons de faire ce métier ! C'est une vraie fierté. Mais tout cela ne s'improvise pas. Nous devons conserver notre agilité et notre capacité de réaction."

Une croissance "vertigineuse"

Cette deuxième édition des Trophées de l'aéronautique, qui a réuni plus de 400 décideurs économiques et politiques, a permis de récompenser sept sous-traitants du secteur, venus de toute la France (lire notre article). La cérémonie a été précédée d'une table ronde sur le thème : "Croissance de l'aéronautique : quelles opportunités pour les PME et ETI françaises ?". Pour Michel Cabirol, rédacteur en chef à La Tribune et spécialiste du marché aéronautique, la croissance du secteur est "absolument vertigineuse" : "Tous les voyants sont au vert. Dans vingt ans, le nombre de passagers aura plus que doublé. Les chiffres donnent le tournis."

Cette croissance, Mikel Charriton, directeur général de la société aquitaine Lauak, spécialisée dans la fabrication de pièces et structures aéronautiques (820 salariés - CA : 80 M€), en profite très directement. "L'aéronautique représente 95 % de notre activité, explique-t-il. Nous sommes portés par la hausse des cadences. Et en tant qu'ETI, nous avons désormais atteint la taille critique qui nous permet d'accéder à des marchés importants. Nous visons les 100 M€ de chiffre d'affaires en 2016. Ce que nous demandons aujourd'hui aux donneurs d'ordres, c'est de la visibilité. Des contrats sur cinq ou dix ans."

Un secteur qui offre de la visibilité

De son côté, Alain Di Crescenzo, dirigeant de la société toulousaine IGE + XAO, spécialisée dans la CAO électrique, la conception de systèmes, la fabrication de matériels électriques et la gestion de données, a choisi de miser sur l'innovation pour saisir les opportunités liées à la croissance de l'aéronautique. "En sept ans, nous avons investi 400 années-homme en R&D, se félicite-t-il. Nous avons développé des produits en rupture technologique. L'aéronautique représente aujourd'hui 20 % de notre activité. Nous pouvons atteindre les 50 %."

Pour Anne-Charlotte Fredenucci, présidente du groupe Deroure (500 salariés - CA : 32 M€), composé de deux entités, l'une spécialisée en ingénierie mécanique (Hauts-de-Seine) et l'autre en câblage (Maine-et-Loire), l'aéronautique est également un secteur clé. "Il nous a permis de sauver le groupe familial, qui était en crise lorsque je l'ai repris en 2009, explique-t-elle. Les programmes de longue durée nous ont offert des perspectives, de la visibilité."

L'aéronautique est également un secteur incontournable pour la jeune société alsacienne Beam, premier constructeur européen de machines de fabrication additive par dépôt de poudres métalliques. La start-up est en effet positionnée sur une technologie de rupture qui a séduit l'industrie aéronautique. "Elle a pris le leadership sur ce sujet", se réjouit son dirigeant, Emmanuel Laubriat.

Croissance externe, international et montée en gamme

Pour mieux saisir les opportunités liées au boom du secteur, le groupe Lauak a choisi de réaliser deux croissances externes, en 2010 et 2012. Une stratégie partagée par le groupe Deroure. "Nous recherchons actuellement deux types de cibles : une société de câblage en France et une société d'ingénierie en Allemagne", annonce Anne-Charlotte Fredenucci. Le déploiement international fait également partie des pistes privilégiées par ces deux entreprises. Alain Di Crenscenzo approuve : "L'investissement, c'est aussi l'international. Et l'envie. Il faut avoir envie d'y aller. Car comme je le dit souvent : 'Aide-toi, le ciel ne t'aidera pas'."

Autre élément stratégique incontournable pour toutes ces entreprises : la montée en gamme. "Dans le contexte actuel, se positionner sur le prix serait une gageure", estime Alfred Reiter, directeur général de Fives Machining (400 salariés - CA : 80 M€), filiale du groupe d'ingénierie industrielle Fives. L'homme estime que, pour rester compétitif, les maîtres-mots sont plus que jamais "l'innovation" et "l'enrichissement de l'offre". Mikel Charriton acquiesce : "En France, il est impératif de se concentrer sur des produits à plus forte valeur ajoutée".

"Essayez-nous !"

Reste aux grands équipementiers et à leurs sous-traitants à apprendre à mieux se connaitre. Et surtout à mieux se comprendre. "Nous attendons des donneurs d'ordres de la vitesse et de la compréhension de nos cycles d'innovation, explique Emmanuel Laubriat. Pour eux, le court terme est de trois ans et le long terme de dix ans. Pour une start-up comme la nôtre, le court terme est de six mois, et dans 18 mois, on ne sait pas si on sera en vie..."

Autre frein potentiel à prendre en compte, selon Alain Di Crescenzo : le "patriotisme économique" de certains donneurs d'ordres, notamment anglo-saxons. "Quand on n'est pas chez soi, la technologie ne suffit pas, car on a en face de nous des compétiteurs locaux, qui seront parfois privilégiés", regrette-t-il. Et de lancer un appel aux grands équipementiers français : "On a envie de leur dire : 'Essayez-nous !'. On ne leur demande pas de payer, mais, dans un premier temps, d'essayer, simplement. Il y a malheureusement encore aujourd'hui un manque de curiosité vis-à-vis des start-up et des PME locales. Or, l'excellence est partout, pas que chez les 'gros' ".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :