Pourquoi Vincent Lemonde part 12 mois dans une tribu africaine ? Interview du vice-président de la Tic Valley

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Vincent Lemonde
Vincent Lemonde
À 36 ans, Vincent Lemonde, vice-président de la Tic Valley, ancien président de la société Nooméo, et passionné des objets connectés, se lance dans une nouvelle aventure : le voyage. En décembre prochain, il va partir 12 mois en immersion dans une tribu Himba, en Namibie. Une expérience personnelle de laquelle il sortira un livre de photos. Contexte politique européen "décevant" et "besoin de découverte" : retour sur ses motivations. Interview.

Après plusieurs voyages de quelques jours, vous partez pour la Namibie en décembre prochain pour une durée d'un an. Qu'allez-vous y faire ?
C'est une expérience tout à fait personnelle, je n'y vais pas pour faire du business. Tout a commencé par ma rencontre avec l'explorateur toulousain Stéphane Levin en novembre dernier, à La Cantine Toulouse. C'est quelqu'un d'inspirant, qui m'a donné envie de me bouger. De son côté, il va partir en mission scientifique en 2015 dans le désert du Namib, le plus chaud du monde. Nous sommes donc partis ensemble quelques semaines dans ce pays extraordinaire. J'avais de mauvais a priori, vu sa proximité avec l'Angola que l'on assimile toujours à un pays en guerre. En fait, la Namibie est un pays en plein développement, qui a décidé que le numérique devait représenter d'ici 2013 10 % de son PIB. C'est un des pays les mieux équipés d'Afrique, mais ils ont besoin d'une meilleure compréhension de la technologie. Au début, j'avais plein d'idées à leur proposer en lien avec les objets connectés, mais je me suis rendu compte que je tombais à chaque fois à coté de la plaque : mes clichés européens ne correspondaient pas aux besoins des tribus. Par exemple, cela ne sert à rien de leur apporter de l'eau en abondance, car ce ne sont pas des cultivateurs ! C'est pour cela que je pars en immersion chez eux : pour les connaître. Je n'achète pas de guide, je ne regarde pas d'articles sur internet, je souhaite partir le plus "naïf" possible.

Vous, adepte des objets connectés, vous allez changer radicalement de vie. Quel a été le déclic ?
J'avoue, ma maison est connectée et je mesure mes performances sportives avec mon portable ! Mais tout cela n'est que du confort. Le déclic est bien plus profond. En 2013, tout ce que j'avais entrepris s'est arrêté, au niveau personnel et professionnel. J'ai encore en travers de la gorge la liquidation judiciaire de Nooméo. Du coup, je me suis demandé ce que je voulais faire vraiment. On a toujours des bonnes raisons de ne pas réaliser ses rêves : l'argent, le temps, les enfants... Moi, j'avais envie d'aventure. Je voulais un projet qui m'empêche de dormir la nuit ! Je me sens un peu étouffé à Toulouse. Le contexte politique national et européen me déçoit. Je ne donnerai aucune leçon au gouvernement français, car je ne sais pas ce qu'il faut faire pour que le pays aille mieux, mais je sens bien qu'en ce moment, je ne suis plus câblé pour la France. J'ai besoin de changer d'air.

Comment allez-vous communiquer une fois là-bas ?
Mon objectif est de faire partager mon aventure, via un blog que j'essaierai d'alimenter régulièrement. Je suis en train de mettre en place un partenariat avec une start-up basée à Ramonville : Use (pour Universal Satellite Engineering). Elle est spécialiste des technologies embarquées à destination des reporters qui partent en milieu hostile. Cela me permettrait d'être connecté tout le temps. Rien n'est fait encore, nous sommes en pleine discussion ! Je voudrais aussi écrire un livre dès mon retour. Un livre de photos car je suis un passionné de photo.

Êtes-vous soutenus dans ce projet au sein de la Tic Valley ?
Oui, bien sûr ! Ludovic Le Moan, le président de la Tic Valley, souhaite même me rejoindre au bout des 6 premiers mois !

Qui va vous remplacer au poste de vice-président de la Tic Valley ?
Il y aura une assemblée générale qui élira un nouveau vice-président, je ne sais pas qui ce sera.

Vous qui êtes passionnés par les objets connectés, ne craignez-vous pas que l'on se noie parmi tous ces gadgets ?
La maison connectée, la boîte aux lettres connectée, les toilettes connectés, les véhicules connectés : moi je dis pourquoi pas, si cela nous permet de gagner du temps et de la concentration pour des choses plus intéressantes ! Je comprends qu'il y ait des gens septiques, mais c'est le cycle normal de l'adoption d'une innovation. Il y a d'abord les "early adopteurs" : ceux qui testeront le produit quels que soient les risques, par curiosité. Il y a les sceptiques, qui vont chercher la faille, remettre en cause l'innovation. Entre les deux, les pragmatiques !

La Tic Valley souhaite lever des fonds, où en est ce projet ?
Nous souhaitons faire de Toulouse la ville de France où se lanceront les objets connectés. Pour cela, il faut accueillir plus de start-up, payer des coachs pour les aider, agrandir les locaux, acheter du matériel et cela demande de l'argent. Donc, il faudrait lever des fonds, et pour cela, passer du statut d'association à celui d'entreprise. Tout cela prend du temps, un peu trop à mon goût, mais j'espère que le projet aboutira avant fin 2014.

Propos recueillis par Sophie Arutunian
© photo Rémi Benoit

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